La révolution carnavalesque, c'était déjà lui, avec une fin de parcours un mercredi des Cendres aux petites heures de l'après-midi. Le premier et le seul à cette date, il amena un char dans les parages de Cité Soleil. Survolté, armé de décibels, de propos grivois, en petite tenue ou torse nu, Michel Martelly a tout fait au carnaval au temps où il était musicien-chanteur. Sweet Micky laisse des souvenirs inoubliables. Son aventure avec le carnaval, il la poursuit de nos jours de plus belle. Après avoir déplacé le carnaval de Port-au-Prince pour le promener aux Cayes, l'an dernier, cette année, c'est le Cap-Haïtien qui aura les honneurs de la fête, par décision du président Michel Martelly. Pour éviter toute tentative des Port-au-Princiens de fêter en l'absence du chef de l'Etat, la mairie de Port-au-Prince interdit par communiqué toute festivité à la capitale pendant les jours gras. On se croirait au Moyen Age. Mais que voulez-vous ? Quand, sans élection, on hérite de l'édilité d'une ville, pour garder son poste, que ne ferait pas une mairesse, agent de l'exécutif ? Toutes les villes à carnaval pourront festoyer, sauf Port-au-Prince. La capitale ne sait même pas si le carnaval des Fleurs sera repris cette année. Ce caprice du prince sera annoncé en temps et lieu ou oublié sans autre forme de procès, comme il sied aux caprices. Cette façon de faire peu chevaleresque mise à part, les changements apportés par Michel Martelly dans le carnaval ont leur bon côté. La ville des Cayes a pris goût à la fête et fera carnaval cette année encore. Sans les pompes et la valse des millions de l'an dernier, mais avec la même envie de se déchaîner sans contraintes. La ville garde un bon souvenir des trois jours gras de l'an passé et surtout des infrastructures encore visibles et en service douze mois plus tard. Aucune statistique n'en fait le compte, mais les charmes du Sud attirent de plus en plus de visiteurs depuis le carnaval de l'an dernier. Le Cap-Haïtien aussi se frotte déjà les mains. La route est carrossable de Port-au-Prince jusqu'à la rue Espagnol. De Barrière-Bouteille à Ouanaminthe et de Carénage à Labadee, on peut circuler en petite voiture ou à motocyclette, sans crainte. Quand ce n'est pas un ruban d'asphalte, c'est de la terre battue bien aménagée. De nombreuses rues de la ville bénéficient aussi de la réhabilitation précarnavalesque. L'EDH s'affaire à implanter un réseau d'éclairage public. Quelle que soit l'issue du carnaval au Cap-Haïtien, les Capois bénéficieront de l'amélioration de leur ordinaire. Le parc de logement est revisité. Chaque propriétaire s'active sous les assauts d'une fièvre de rénovation. Les chambres d'hôtel et les maisons vides se trouvent de nouvelles affectations. Il y a une ambiance spéciale dans les hôtels comme dans les familles. Les fêtes champêtres seront la prochaine occasion de mettre sur le marché de la location saisonnière des offres de logement. Le Cap aura un avant et un après-carnaval. Si les Cayes et le Cap-Haïtien avaient su un an à l'avance qu'ils seraient le siège du carnaval national, leur face en serait métamorphosée. La vraie révolution que Michel Martelly a à finaliser est celle de la planification. Pour fêter sans avertissement ou spontanément, nous sommes prêts. Michel Martelly saura-t-il aussi bien que Sweet Micky se servir du carnaval pour construire? Infrastructurellement et politiquement, le carnaval en province va laisser des traces dans la mémoire des gens des départements géographiques concernés. Du capital pour plus tard.