Les seize chefs d'Etat et de gouvernement de la communauté de la Caraïbe sont dans nos murs depuis dimanche pour participer lundi et mardi à la 24e Réunion intersessionnelle de l'organisation sous-régionale. Haïti reçoit cette grande rencontre pour la première fois en qualité de pays qui assure la présidence tournante de la Caricom. Les questions relatives à la sécurité, au trafic d'armes et de stupéfiants, à la libre circulation des personnes et des biens, aux changements climatiques et à la couverture forestière de la zone seront discutées pendant les deux jours du sommet. La presse internationale ne manquera pas de signaler ce sommet qui se déroule à Port-au-Prince. On ne dira pas à cause de cette 24e réunion qu'Haïti « is open for business ». Cependant, il va contribuer à replacer notre pays dans une position moins critique qu'il était depuis belle lurette. A l'instar des anciens présidents Jean-Bertrand Aristide et René Préval, Michel Martelly est pleinement conscient des limitations empêchant notre pays d'intégrer totalement la Caricom. Personne ne sait quand les Haïtiens pourront circuler librement dans les autres territoires des pays de la Caricom. Il va sans dire que le taux de chômage élevé en Haïti est la cause principale de ce blocage. Le premier signal que le gouvernement doit donner est de créer les conditions nécessaires à l'investissement étranger pour faciliter le plein emploi et il n'y aura plus d'embarcation de fortune dans les eaux des différents pays de la région. Comment demander aux pays de la Caricom d'accepter actuellement la libre circulation des ressortissants de tous les pays membres, alors que quinze jours avant le sommet les bateaux des gardes-côtes de la Jamaïque, des Bahamas et des îles Turcs-and-Caicos rapatriaient des centaines d'Haïtiens repêchés dans leurs eaux territoriales ? Après avoir sollicité un moratoire pour s'adapter aux exigences du marché commun, Haïti est obligé d'en solliciter un deuxième. De 2002, date à laquelle notre pays a été admis à la Caricom, à aujourd'hui, quelle transformation l'économie haïtienne a-t-elle subie pour le maintenir dans ce marché ? La plupart des chefs d'Etat et de gouvernement présents dans ce sommet sont sans doute émerveillés de se renseigner sur l'histoire d'Haïti, sur notre artisanat, bref sur notre culture. En conclusion, ils se demanderont entre eux pourquoi depuis plus de trente-cinq ans les Haïtiens viennent s'établir dans leurs pays. Qu'en est-il des différents gouvernements qui se sont succédé dans ce pays possédant une si belle histoire? Avec le même baromètre que la presse internationale va mesurer la visibilité d'Haïti par rapport à la réussite de ce sommet, elle s'en servira pour comparer notre retard par rapport aux quinze autres pays formant cette communauté de la Caraïbe.