Dans une salle inadéquate, sans système de sonorisation, avec des méthodes antédiluviennes de recueillement des minutes de l'audience, trois juges dans leur habit noir écoutent la déposition de l'accusé le plus célèbre à avoir mis les pieds dans une salle d'audience depuis des lustres. C'est cette image qui restera de la première audition de l'affaire Duvalier.
Comme dans la vraie vie, au tribunal tout le monde se mélange, séparé par d'invisibles frontières. Sur des chaises pliantes; les victimes et leurs plaintes, pas loin, des observateurs internationaux et leurs attentes. Éparpillés dans la salle, des curieux et quelques fidèles de Duvalier. Debout en majorité, suant et attentifs, des journalistes.
Sans surprise, il fait chaud et les débats d'un procès qui traite de plusieurs chapitres de notre histoire récente se déroulent à l'ancienne, sans faste ni solennité. En fond sonore, des chansons de louange des pires heures du duvaliérisme, des chants de ralliement que reprennent une poignée de nostalgiques.
L'ancien dictateur à vie toujours sanglé dans son costume bleu à fines rayures affiche un visage indéchiffrable. Jean-Claude Duvalier, depuis qu'il ne fait plus de discours comme président, a la parole rare. Personne ne l'a entendu se prononcer en public sur quoi que ce soit depuis son unique speech quelques jours après son retour en janvier 2011.
Dans la salle, sa voix est inaudible. Le greffier est son porte-parole. Il chuchote à l'oreille de l'homme de notes qui reprend pour la cour. Les phrases tombent comme des coups de poing, même si l'on ne sait pas sur quel ton Duvalier assène ses vérités, exécute ses parades, dessine la révision de son règne.
Quand dans la soirée du jeudi 28 février les images de la séance envahissent les foyers puis la tête des téléspectateurs par le biais des télévisions, c'est le zigzag des questions qui frappe. Comme une poule sans tête, l'audition erre. Duvalier paraît affaibli, ses accusateurs peu nombreux, ses juges sans dossier.
Cette audition se vit déjà comme le grand procès du régime des Duvalier. Il a la particularité de se tenir avec des décennies d'écart avec les faits. Jeudi, il y avait plus de fantômes dans la salle que les images et les reportages ne pourront jamais répertorier. Entre émotions, attente et sérénité, la justice se retrouve devant un immense défi.
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