Après plus de sept mois de tergiversations pour la formation d'un Conseil électoral devant organiser les scrutins de cette année, et à la suite de l'accord conclu entre l'exécutif et le Parlement le 24 décembre 2012 pour la mise en place de cette institution, les intérêts particuliers des uns et des autres semblent primer sur les mécanismes qui doivent nous conduire sur le chemin d'un Etat de droit. Quand la balle n'est pas dans le camp du pouvoir exécutif, il est dans celui du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ou dans celui du législatif. Etant donné notre longue tradition du présidentialisme, la main de l'exécutif chevauche dans les deux autres institutions au détriment du principe de la séparation des pouvoirs. Ce déséquilibre institutionnel, qui se répète depuis 1996 et à chaque période préélectorale, corrobore sans équivoque l'épithète d'Etat en faillite qu'on nous colle depuis nos turpitudes qui nous ont valu les interventions étrangères de 1994 et de 2004. Depuis le 18 février dernier, tous les regards étaient dirigés sur le Parlement haïtien qui devait désigner ses trois représentants au Collège transitoire de gestion du Conseil électoral permanent. Le groupe majoritaire à la Chambre des députés, Parlementaires pour la stabilité et le progrès (PSP), avait le vent en poupe puisqu'il devait participer au choix de ces trois personnalités. Par contre, le groupe minoritaire, Parlementaires pour le renforcement institutionnel (PRI), ne pouvait que constater la suprématie du groupe majoritaire dans la prise de décision au sein de la Chambre basse. L'échec de la commission bicamérale, mise en place pour choisir les représentants du Parlement au Collège transitoire de gestion du Conseil électoral permanent, prouve les divergences profondes qui caractérisent les groupes politiques au sein du Parlement. Sénateurs et députés ont offert un spectacle de mauvais goût pendant plusieurs semaines alors que les organisations de la société civile attendaient impatiemment le choix des parlementaires. Les réunions en chambre séparée afin de trouver une solution à cette équation difficile confirment les obstacles majeurs que la société doit continuer à franchir avant de parvenir à une société démocratique. Après vingt-deux ans du coup d'Etat qui avait renversé le président Jean-Bertrand Aristide du pouvoir, les groupes politiques au Parlement n'ont pas progressé. Quelle différence peut-on relever entre l'Alliance pour la cohésion parlementaire qui supportait le coup d'Etat de 1991 en face des parlementaires du bloc Constitutionnalistes qui dénonçaient le putsch et la situation d'aujourd'hui entre le PSP qui supporte l'administration Martelly/ Lamothe sans réserve et le PRI qui affiche son désccord par rapport au pouvoir en place ? Nonobstant les considérations relatives à son éducation, son tempérament et sa culture, le député Arnel Bélizaire s'est comporté hier à la salle de séances de la Chambre des députés de fort mauvaise manière. En renversant plusieurs tables avec colère en présence de beaucoup de parlementaires, devant des caméras, le parlementaire justifie que les intérêts politiques en Haïti sont au-dessus des intérêts du pays. Le blocage constaté dans la mise en place du Conseil électoral pendant sept mois n'est-il pas une manifestation d'intérêt politique pour le contrôle de l'institution électorale ?