Se retrouver en prison ou tomber malade sont des événements "normaux". Mais ce sont " les pires choses qui puissent vous arriver en Haïti", avait lâché un ancien Premier ministre dans un rare élan d'honnêteté. Nos prisons, certaines pires que des camps de concentration, comptent des détenus, dont 72 pour cent ne sont pas jugés. Et le système sanitaire, c'est connu de tous, était mal en point, bien avant le séisme du 12 janvier 2010. En dépit de la détention préventive prolongée, du surpeuplement carcéral, de la dureté des conditions de détention, il y a eu quelques petits progrès ces dernières années. Des avancées dues à la vigilance, à l'engagement de bruyants et efficaces militants des droits de l'homme. Chapeau!
Cependant, en ce qui a trait à la fourniture des soins de santé, difficile de parler de progrès, même si l'on a construit un gros hôpital universitaire à Mirebalais ; même si le chantier de construction de l'HUEH démarrera dans un proche avenir. La santé souffre ici, entre autres, de deux maux : la disponibilité et la qualité. Dans le secteur public, les hôpitaux universitaires, mis à part les jours de grève pour un rien, fournissent un service de qualité médiocre.
L'Etat haïtien offre une contribution très faible par rapport au coût des soins de santé. Moins de 30 dollars US par an par habitant si l'on veut être généreux en fonction des moyennes effectuées, en considérant l'apport toujours important de l'aide externe dans les dépenses de santé. Et, dans la même veine, l'analyse sommaire, sans grande érudition de certains chiffres, chiffonne. La répartition du financement dans ce secteur, en 2012 par exemple, montre que l'Etat avait mis sur la table 49 700 000 dollars contre 460 000 000 de dollars par les donateurs et 90 000 000 de dollars par les ONG. Les assurances oscillaient autour de 15 millions de dollars. De leurs poches, les citoyens et citoyennes, pour leurs besoins en soins de santé, avaient dépensé 80 000 000 de dollars US, selon les chiffres fournis en 2012 par un médecin qui travaille pour le Centre d'analyse des politiques de santé.
Si il est vrai que le volet soins de santé dans le système de sécurité sociale est en déficit permanent et non alléchant pour les financiers et économistes appâtés tout naturellement par le profit, pouvons-nous, au regard du secteur aujourd'hui, faire l'économie d'offrir des outils financiers à la population ? Qui de nos grands monteurs de banques planchera sur la création, la structuration et la bonne gestion de coopérative de santé, de mutuelle ? Avec 80 000 000 de dollars, les Haïtiens et Haïtiennes ne demandent pas la charité. Ne méritent-ils pas des modèles viables ? Notre économie est-elle si prospère pour qu'on se désintéresse aux millions que les Haïtiens dépensent en République dominicaine, aux Etats-Unis, à Cuba pour se faire soigner ? La réponse est non.
D'un autre côté, la répartition des financements dans ce secteur montre que l'Etat n'est pas le « gros joueur ». Est-il un coach ? Parvient-il à assurer une bonne cohésion dans l'action des donateurs, agences de développement et ONG pour que les réalisations soient pérennes ?
Ceux qui connaissent bien le secteur ont des doutes. Ils vont jusqu'à parler d'une « aide destructrice » des ONG opérant dans le secteur de la santé. Elles offrent un service gratuit et contraint, dans certains cas, les professionnels haïtiens à fermer boutique, se plaignent des médecins haïtiens, favorables en revanche à un système qui promeut un partenariat public/privé.
Dans l'état actuel des choses, les agences de développement et les ONG empêchent les professionnels de santé d'investir dans la machinerie pour fournir des soins. Ces professionnels, aujourd'hui, auront toutes les peines du monde à trouver un financement. Même si en dernier ressort le financement de la santé est du ressort de l'Etat, nos financiers et économistes devront s'imposer une pause des colloques afin de plancher sur des produits financiers pour assurer notre plus grand bien : la santé. Que l'on soit riche ou misérable, on tombe malade. Il est navrant que même les nantis acceptent de courir le risque de vivre dans un pays sans un hôpital de standard international dans l'espoir que l'avion-ambulance aura le temps d'atterrir à Miami avec eux en cas d'urgence médical...Ce choix n'est plus soutenable.
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