Un jour, on s'éloigne des élections. Le lendemain, on y revient en force. Rien ne garantit que les prochaines élections auront bien lieu cette année, rien n'empêche de les croire possibles avant le 31 décembre. On verra. Il n'y a pas de prévision plus précise. Le camp du pouvoir change chaque jour de candidats pour les postes à pourvoir. L'opposition, quoiqu'en convalescence, ne se désintéresse pas pour autant de la bataille des candidatures. Il y a pléthore de prétendants dans chaque parti. La recherche des poulains parfaits est permanente. Et vint la surprise. Personne n'espérait ni ne croyait possible un rapprochement entre Richard Morse et Jean-Bertrand Aristide. Enfin, ceux qui ne connaissent rien en arithmétique politique haïtienne n'avaient pas cette combinaison dans leur jeu. Joseph Lambert et Youri Latortue sont devenus alliés de Michel Martely qu'ils avaient combattu tèt kale, pourquoi les chanteurs de RAM, monsieur et madame Morse, ne peuvent pas, lavalassement, se baigner dans les eaux de Tabarre ? Chacun est libre de ses choix en tout temps. De ses revirements aussi. L'inattendu est une épice électorale fort puissante. La politique en Haïti a ses raisons que la raison ne comprendra jamais. Elle a ses racines que l'histoire oublie trop vite. Il faut voir, se rappeler, bien interpréter le parcours des uns et des autres pour ne pas rater les épisodes qui se suivent sans se ressembler. En politique haïtienne rien n'est joué d'avance, rien n'est figé, rien n'est coulé dans le béton. Les acteurs se quittent pour mieux se retrouver, se haïssent avant de s'aimer passionnément. Font route ensemble avant de se détester à mort. Normal, diront ceux qui savent que ce ne sont ni les intérêts communs ni les convictions partagées qui soudent ici les hommes dans un même idéal politique. Souvent, très souvent, les déterminants ne sont que des sentiments, des impressions, des passions, des feelings, le compagnonnage, la trajectoire d'une amitié. Dans notre façon de faire de la politique, le coeur vient avant tout. Le ressentiment ou l'avidité demeurent les meilleurs carburants. Alors que le Conseil électoral hésite sur la marche à suivre, alors que les bailleurs s'interrogent sur le meilleur calendrier électoral, alors que le pouvoir en place multiplie les projets qui doivent donner corps à son programme politique, le paysage s'embrase lentement. Une crise par-ci, une attaque par-là. Les élections sont à la mode. Il est devenu urgent de les tenir et nécessaire de les retarder. Pour qui joue le temps ? Allez savoir.