Le président Michel Martelly est en tournée. Il arpente le pays dans tous les sens. À quelques jours du deuxième anniversaire de sa prestation de serment, le 14 mai en cours, le président prend le temps de constater, département par département, l'état d'avancement des chantiers dont il ne voit que les colonnes de chiffres et de lettres sur des listes dans son iPad. Prudence étant mère de sûreté, cette série de visites ravive la foi dans le projet Tèt Kale. Les fans apprécient, l'ordonnateur vérifie. Cela permettra d'éviter les inaugurations de projets pas totalement bons pour être mis sur orbite. L'an passé, pour le 14 mai, le gymnasium de la rue Romain avait fait voir de toutes les couleurs à la présidence. Comme un "mango wòwòt toufe pa ka mi", le joyau avait des défauts graves, au point de gâcher la fête. La pluie, se jouant du toit du centre sportif comme d'une passoire, n'avait pas arrangé les choses. Cette année, pas de risque qu'une telle déconvenue se reproduise. De ses yeux, le président voit où en sont ses chantiers. Chaussé de ses bottes, Martelly interroge les ingénieurs, ordonne des rectifications, s'assure que tout va dans le bon sens. L'inauguration de la place Boyer à Pétion-Ville s'annonce comme un must. Les logements sociaux colorés du Morne à Cabris seront aussi du lot, annonce-t-on. Comme pour Pétion-Ville qui se transforme sous nos yeux, le projet global de la sortie de Port-au-Prince vers le département du Centre prend forme chaque jour. Ici et là, il y aura d'autres surprises. Les grues s'élancent dans le ciel dominant les chantiers de l'Unité de construction de logements et de bâtiments publics. Les palissades de tôles rouges signalent les travaux en cours. Les nombreuses initiatives privées complètent le décor d'une région métropolitaine qui se remet en ordre de marche. Plus que les inaugurations, c'est un état d'esprit qui a changé en un an. Les millions de l'état d'urgence se transforment en routes, en infrastructures, en investissements clairement visibles. Un peu de communication et les plats seront bons à être servis à la population comme une apothéose. La célébration des deux ans de Michel Martelly au pouvoir sera belle si et seulement si le Parlement ne met pas de bâtons dans les roues du carrosse. Le président de la Chambre des députés a écrit à l'exécutif réclamant des comptes sur les dépenses des derniers mois. Des accusations de sénateurs sur les factures de l'état d'urgence fleurissent et peuvent ouvrir la porte à des salissures sur le bilan. Vendredi, après la tournée au Venezuela, Haïti a rendez-vous avec ses bailleurs de fonds. Le nouveau cadre de coopération leur sera présenté. Après des départs manqués, cette réunion a toute son importance. Petrocaribe n'est pas éternel, et dans un pays aux immenses besoins comme Haïti, chaque dollar que nous laisse un pays amis après ses propres « je retiens » fait la différence entre la misère et la pauvreté dans un secteur, dans une localité, pour une couche de la population. Martelly et le gouvernement Lamothe doivent passer le test du cadre de coopération. Une nouvelle hésitation de nos créanciers historiques sera un camouflet. Avec autant d'enjeux en cette première quinzaine de mai, la convocation de Jean-Bertrand Aristide ce mercredi se passera-t-il comme sur du velours ? Les multiples petites et incommodes manifestations dans différents points du pays seront-elles maîtrisées ? Aucune surprise ne doit prendre au dépourvu le pouvoir. Un rien peut éteindre les bougies sur le gâteau des deux ans.