Le porte-parole de la présidence n'avait pas vu juste. Le président Michel Martelly n'a pas fait la reddition des comptes en public, devant le peuple et le monde, urbi et orbi, comme Lucien Jura avait cru qu'il le ferait et l'avait annoncé un peu plus tôt dans la matinée sur une radio de la capitale.
Le président, accompagné de son Premier ministre, des membres du gouvernement, de hauts fonctionnaires et des parlementaires de son camp, a bien pris la parole devant la foule qui s'est rassemblée entre les ruines du palais national, la statue de Toussaint Louverture, la Tour 2004 inachevée depuis dix ans et le palais des ministères rasé depuis quelques semaines et non loin des nouvelles constructions s'élevant sur l'ancien site de La Direction générale des impots.
En cette avenue de la République en fête, le président a fait part de son souhait de voir un jour autour d'une même table tous les anciens présidents d'Haïti, planchant sur les problèmes du pays. Martelly a même cité Jean-Claude Duvalier et Jean-Bertrand Aristide comme étant les deux personnages clés de deux visions d'Haïti qui s'affrontent avant d'appeler à la paix et à l'union.
Le moment inattendu de la soirée a été le renoncement du président à présenter le bilan de ses deux ans. Le document fait plus de cinq cents pages et il sera transmis à la presse, a promis l'homme du 14 mai avant d'inviter des parlementaires du PSP, le bloc parlementaire qui appuie son action, à s'exprimer au micro.
Festif, d'apparence détendu, le président a écouté, tantôt debout, tantôt assis, les remerciements, les mots d'allégeance et la liste des réalisations de ses deux ans. Dans un concert élogieux et un peu lassant pour la foule, les élus s'en sont donné à coeur joie. Une députée a souligné que le président a bien fait de suivre les traces de ses devanciers en maintenant les travaux en cours avant son accession au pouvoir. Le sénateur Mélius Hyppolite a rappelé que dans le Nord-Ouest des promesses n'ont pas été tenues et qu'il reste à entreprendre des infrastructures essentielles.
N'était ces voix, on se serait cru écoutant les louanges du seul et premier président d'Haïti depuis l'Indépendance. Celui par qui tout a été fait.
La soirée s'est achevée dans un carnaval joyeux après que le président Michel Martelly, meilleur chanteur et animateur qu'avant, eut lancé le coup d'envoi de la fête que des milliers de ses supporteurs et de curieux attendaient avec patience depuis des heures.
La troisième année de Martelly au pouvoir commence déjà et les défis d'hier rêvent de voir toutes les promesses rencontrer la glaise du réel.
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