Le Brésil, parmi les nouveaux meilleurs amis d'Haïti, est en train de prendre une place à part. Depuis 2004, la terre de Pelé fournit une portion importante du contingent des troupes de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustha). Cette dernière permet au pays le plus vaste et le plus peuplé de l'Amérique latine de se projeter comme une puissance régionale. La présence de ses soldats nous épargne le poids de l'histoire. Nous n'avons aucun contentieux avec le Brésil. Tout au contraire. Entre football et carnaval, l'Haïtien se sent Brésilien aussi souvent qu'il le peut et le dit sans détour chaque fois qu'il en a l'occasion. En dépit de la distance, nous nous sentons plus proches de l'âme auriverde que de tout autre peuple de la terre. Neuf ans après le débarquement des troupes, les cours de langue portugaise et les mélanges entre les hommes et les femmes des deux pays ont tissé des liens que la bonne santé de l'économie brésilienne renforce. De plus en plus d'Haïtiens sont attirés par l'eldorado de la samba. Il existe aujourd'hui une émigration haïtienne légale vers le Brésil. À chaque rencontre entre officiels des deux pays, le sujet est remis sur le tapis, le nombre de visas octroyés augmente pour satisfaire une demande solide. Il n'y a qu'à voir les queues devant le consulat du Brésil à Pétion-Ville tous les jours pour comprendre l'intérêt que portent nos compatriotes pour cette terre lointaine. Si vous prenez le temps d'écouter les commentaires, le lait et le miel coulent dans l'Amazone, s'expliquent entre eux les convaincus du boom brésilien. Une autre catégorie de compatriotes emprunte tous les chemins possibles pour arriver au Brésil. Toute l'Amérique latine, ces dernières années, a pris la mesure des empreintes de pied de nos chercheurs des frontières menant au Brésil. Périodiquement, cela déclenche des crises humanitaires, embarrasse les autorités des deux pays et celles des points de transit. Il y a un circuit haïtien. Une pression haïtienne. Une demande de main-d'oeuvre haïtienne. En grand nombre, nous frappons aux portes du Brésil. Une importante délégation haïtienne, des secteurs privé et public, conduite par le Premier ministre haïtien Laurent Lamothe séjourne au Brésil depuis lundi. En plus des relations bilatérales, nos représentants cherchent à attirer les investissements. Cela fait dix ans que le Brésil se rapproche de nous, il était temps que les relations prennent un tournant hors des sentiers de l'assistanat en temps de crise. Il faut surtout normaliser la question migratoire, désamorcer la bombe haïtienne aux frontières du Brésil qui risque de mettre un terme à la lune de miel.