Les pluies des derniers jours nous rappellent que nous sommes vulnérables. Fragiles. Qu'aucun gouvernement ne peut prendre une minute à admirer ses lauriers devant l'urgence des affaires d'eau. Dans certains quartiers de la région métropolitaine, chaque goutte d'eau est de trop en temps de pluie. Tout aussi grave, pas une goutte d'eau n'arrive dans les foyers par les moyens mis en oeuvre partout ailleurs. L'adduction d'eau potable et la canalisation des eaux usées et de pluie ne sont ni équitablement réparties ni disponibles sur tout le territoire. L'eau, c'est la mort, deux cent dix ans après 1803 et notre victoire à Vertières sur les troupes napoléoniennes. L'insécurité a certes baissé, aucune figure connue n'a été victime ces derniers jours, mais la capitale tremble d'effroi après une série d'assassinats commis en plein jour ces deux dernières semaines. Des policiers, des civils, n'importe qui tombe et rejoint la liste des cas classés sans suite. Les agressions, les vols à main armée, les vols tout court, ne font l'objet d'aucune poursuite. On en parle, on se plaint et on passe à autre chose. Nous banalisons la petite et pernicieuse insécurité permanente. Plus de deux cents ans que nous sommes incapables de monter des forces de police efficaces. La prévention des crimes comme l'enquête après les forfaits sont nos points faibles. Dans une capitale en chantier, où les nouvelles routes font le bonheur des bénéficiaires, les petits pépins de la circulation automobile augmentent. Circuler devient plus dangereux chaque fois qu'une route est réparée ou construite. La vitesse, les incivilités, les imprudences des chauffeurs comme celles des piétons exposent vies et biens. Chacun s'ingénie à ne pas respecter les normes. Cela entache la satisfaction de circuler sur un réseau routier neuf. Plus de cent ans après l'introduction des véhicules à moteur dans le pays, il reste du chemin à parcourir. Les médias et l'État font l'économie des programmes d'éducation en cette matière comme dans d'autres domaines. Nous sommes victimes du progrès, car nous n'avons pas compris que l'éducation est un processus continu et permanent. Il en va de même pour l'entretien. Nous ne le budgétisons pas. Des milliards sont dépensés. Le ruban de l'inauguration coupé, pas une gourde ne protège les infrastructures mises en service. Pressés, nous sautons l'étape des études menées avec soin, nous évacuons la rigueur de la supervision pour gagner du temps. Le lave men siye atè est un état d'esprit bien ancré dans nos us et coutumes. Combien de temps pourra-t-on se prévaloir d'un bon bilan si plus de deux cents ans après le 1er janvier 1804 nous ne comprenons pas que ce pays mérite plus que l'instantanéité de la satisfaction du chef ? Essayez de faire le décompte des présidents dont la gloire n'a pas survécu à deux saisons de pluie et vous comprendrez pourquoi chacun a la satisfaction qu'ici personne avant lui n'avait rien construit.