La décision prise par les autorités haïtiennes d'interdire l'importation des produits carnés de la République dominicaine, à la suite de l'annonce mercredi dernier des cas de grippe A(HINI) répertoriés dans neuf provinces de l'autre côté de la frontière, a provoqué un véritable tollé dans cette partie de l'île. Les réactions dont les unes plus révoltantes que les autres ont fait la une des principaux médias du pays en pleine croissance économique. De l'ambassadeur dominicain accrédité à Port-au-Prince en passant par la Confédération nationale des producteurs agricoles de la République dominicaine pour aboutir aux sénateurs et ministres du gouvernement, le pays a réagi en chaîne face à la décision des dirigeants haïtiens. Le nationalisme dominicain a été cette fois-ci mis à rude épreuve face à la fermeté des autorités haïtiennes de maintenir l'embargo sur les produits carnés jusqu'à la maîtrise de la grippe A(HINI) par les autorités sanitaires voisines. Les explications fournies, les unes après les autres, par le ministre de la Santé de la République voisine ainsi que des cadres dudit ministère pour faire la différence entre la grippe A(HINI) et A(H5NI) n'ont pas porté les dirigeants haïtiens à faire machine arrière. Les médias dominicains ont accordé une large audience aux différentes réactions enregistrées dans ce dossier. Si la plupart d'entre eux expriment le mécontentement de la population, du secteur privé et du gouvernement dominicains, d'autres expriment leur aversion envers le gouvernement haïtien pour avoir pris une décision sans consulter la République dominicaine. Les conséquences de cette mesure sur l'économie dominicaine et la sonnette d'alarme tirée récemment sur la menace d'insécurité alimentaire pouvant toucher les couches les plus défavorisées de la société haïtienne ont servi de leitmotiv à la presse dominicaine pour ramener les autorités haïtiennes à la raison. C'est la troisième décision de ce genre en cinq années prises par les autorités haïtiennes dans le cadre des relations commerciales entre les deux pays. En 2008, lors de l'annonce de la grippe A (HINI) en République dominicaine, les autorités de l'époque avaient réagi de la même façon. L'année dernière, lorsqu'un journaliste dominicain avait révélé l'existence de matière fécale dans la production de salamis, les autorités haïtiennes avaient interdit l'importation et la consommation des salamis dominicains. Dans un sens comme dans l'autre, les Dominicains viennent de donner aux Haïtiens un bel exemple de nationalisme. Que ce soit au niveau de la presse, du secteur privé, des Assemblées législatives ou du gouvernement, le pays vient de montrer qu'il est uni quand il s'agit de défendre ses intérêts. En Haïti, actuellement, combien de temps nous faudrait-il pour nous unir pour défendre d'abord notre souveraineté face à la MINUSTAH qui a provoqué la mort de plus de 5 000 Haïtiens (par le choléra) et contaminé plus de 600 000 et ensuite poser les bases d'une société moderne ?