Par précaution, Haïti a interdit l'importation des oeufs et autres produits carnés en provenance de la République dominicaine. Les autorités haïtiennes disent craindre la propagation d'une épidémie présente en République voisine.
Du point de vue de nos voisins, les autorités haïtiennes ont agi dans la précipitation, sans pouvoir fonder rationnellement cette décision pénalisante pour l'industrie dominicaine. Pire, cela ne protégera en rien la santé des Haïtiens. La transmission homme-aliment n'étant pas avérée, argumentent-ils.
Ce n'est pas la première fois que, par décision unilatérale, Haïti ferme officiellement ses frontières à des produits dominicains. C'est la première fois que l'opinion publique dominicaine, les hommes d'affaires et les politiques s'en mêlent dans un concert unanime. La visite de travail de trois ministres dominicains avec leurs homologues haïtiens en Haïti est aussi un pas nouveau dans la recherche de solution rapide à un problème qui touche les deux nations.
Vitesse, précipitation et précaution se mélangent, à en croire ceux qui essaient de décortiquer la mécanique de cette nouvelle affaire d'oeufs et de poules.
Dans un autre domaine, le sénateur John Joël Joseph réclame la démission de plusieurs ministres du gouvernement Lamothe. Ces ministres seraient détenteurs de plusieurs nationalités. La Constitution en vigueur interdit aux Haïtiens qui détiennent des passeports étrangers d'être ministres. On parle même de démission en bloc du gouvernement.
Aller aussi loin et aussi vite, c'est un peu précipiter les événements, dénoncent ceux qui attendent des preuves dans cette nouvelle affaire de nationalité douteuse de responsables placés à la tête de l'exécutif.
Dans la bouche du même sénateur de l'Ouest, il est question de suspicions à l'endroit d'élus du Sénat et de la Chambre des députés qui, eux aussi, auraient en leur possession des passeports étrangers. Imaginez-vous des étrangers au Parlement, façonnant nos lois, alimentant nos dissensions, riant en direct de nos mélimélos ?
Par précaution ou dans la précipitation, pour laver le mal fait à la représentation nationale, faut-il les chasser ou chasser tous ceux qui les ont accueillis ? Ce qui est recommandé côté gouvernement doit-il être appliqué côté Parlement ?
Au Parlement, on espère que les ambassades vont collaborer et dénoncer leurs ressortissants tapis dans le gouvernement. Les enquêteurs risquent de compter les dents des poules avant qu'un diplomate ne fasse perdre à un des siens un emploi bien placé.
Faudra-t-il attendre aussi longtemps avant qu'Haïti ne se dote de moyens conséquents pour contrôler la situation sanitaire sur son territoire et prendre des décisions dictées par des mesures scientifiques ?
Même nos morts reçoivent l'aide de la Minustah pour reposer en paix, comment croire que nous serons, dans un jour proche, en mesure de cesser de confondre précipitation et précaution ?
Précipitation et précaution dorment souvent dans le même lit, et l'une peut se réveiller avant l'autre, mettre le pied par terre et orienter les décisions d'une journée qui commence.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.