En avril 1986, en pleine tourmente de la fin de la dynastie Duvalier, un groupe d'hommes d'affaires haïtiens décident de lancer la Sogebank. La banque prend la succession des opérations de la Banque royale du Canada (RBC). La multinationale s'en va, des nationaux s'installent dans ses meubles. 27 ans plus tard, la Sogebank a su faire fructifier le fonds de commerce de la RBC, continue de se renforcer, caracole dans le trio de tête des institutions financières du pays.
Juillet 1993. L'année est terrible. Depuis le coup d'État contre Jean Bertrand Aristide, les turbulences politiques s'enchaînent. L'embargo décrété par l'Organisation des États américains (OEA) ruine l'économie. Par tous les moyens, ceux qui le peuvent quittent le pays. Un groupe de jeunes ambitieux lancent l'aventure Unibank. 20 ans plus tard, la banque offre une large gamme de produits, a des implantations dans 19 villes du pays, plus d'un million de clients fidèles entre ici et la diaspora. Les Unibanquiers pilotent la 13e banque de la Caraïbe.
Pendant la transition 2004-2006, la Digicel débarque. La compagnie de téléphonie affronte la concurrence rude de deux géants bien installés dans le décor : Haitel et Comcel. Digicel fait front. Bouscule les règles du marché. Démocratise l'accès au cellulaire. Casse les prix. Ereinte les leaders. Les asphyxie. Leur ravit, client après client, leur part de marché. Digicel a cru dans une Haïti meilleure en pleine « opération Bagdad »; dans le football haïtien quand il n'y avait que le souvenir des victoires passées; dans une capitale qui renaît après les destructions du 12 janvier 2010.
Le monde des affaires regorge d'exemples de grandes ou de petites affaires qui prospèrent et d'autres qui survivent et, des fois, disparaissent.
Chaque jour, un nouvel entrepreneur s'invente un créneau. Un professionnel se lance sur le marché. Un vendeur de service se cherche des clients. Elles sont des centaines de milliers de micro, de petites ou de moyennes entreprises à se battre contre l'incertitude. Il y a aussi ces milliers d'autoentrepreneurs, agriculteurs, commerçants et autres, seuls avec leurs rêves et leurs ambitions. Tous peuplent la nébuleuse dénommée le secteur informel.
Chaque élément tient son rang, produit la richesse, la petite richesse que les Haïtiens se partagent. Un principe guide tous ces acteurs : il n'y a pas de mauvais jour pour lancer une entreprise dans ce pays compliqué, mais vierge.
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