Une femme a perdu la vie, vendredi, sur la route de Frères. Une balle perdue l'a tuée. Un banal accident, un chauffeur armé, des mots s'échangent, l'excitation arme la haine, une vie nous quitte. La population, pour punir le coupable, incendie son véhicule. Le feu se propage. Deux autres automobiles s'enflamment. Un banal accident qui finit en vraie tragédie. Un peu plus tôt, dans le sillage de la manifestation des pasteurs contre les velléités des homosexuels de réclamer leurs droits et une place dans la société, deux hommes, identifiés comme gays, ont été tabassés. La police débarquée sur les lieux a empêché le pire, a constaté un journaliste du Nouvelliste. Toujours au centre-ville de la capitale, ce même vendredi, deux hommes ont été tués. Par des individus non identifiés. Parce qu'ils seraient gays. Tout s'est déroulé sous le regard indifférent et amusé des passants à deux pas des principaux marchés de la capitale, là où depuis toujours les différences sexuelles ne suscitent que le rire des badauds. Voilà que l'irruption de corps organisés, en l'occurrence des églises et une association LGTI, engendre plus de haine que de compréhension, plonge la population dans ses bas instincts au lieu de l'inviter à en sortir. Le sexe joyeux et privé devient sanglant pour la première fois. Rien ne dit que ce sera la dernière.