Ce mois d'août ne sera ni celui du souvenir de la cérémonie du Bois-Caïman ni celui du rappel du soulèvement général des esclaves. 222 ans. Que c'est loin ! Nos objectifs ont changé depuis le temps de la colonie. Nous nous battons encore. Contre nous-mêmes. Entre nous. Dans un ultime sursaut pour en finir avec ce qu'il nous reste de prestige. De temps à autre, il y a un sursaut. Une envie de nous dépasser. De prendre un autre chemin. De refuser la route toute tracée de la déchéance. La glissade joyeuse est plus tentante que la pente à remonter. Nous recommençons à dégringoler. Nous nous enfonçons dans les confins de l'abîme dès que l'occasion se présente. Regardez le dernier appel lancé au nom d'Haïti par les Nations unies pour trouver les fonds pour nous sortir de la famine et de la maladie. Regardez le spectacle des députés ce mercredi. On passera des heures à chercher à comprendre pourquoi ils se sont laissés aller à cette extrémité. Pourquoi en sont-ils venus aux poings ? Pourquoi le débat d'idée ne peut-il pas avoir la primauté dans l'enceinte du Parlement ? On se demandera même comment ils font pour ne pas se battre plus souvent. On se demandera encore et encore si d'économie en économie nous n'aurions pas pu faire l'économie de cette sébile tendue qui affecte l'image du pays à un moment où l'on croyait sortir la tête de l'eau. On dira en ces temps de présentation du budget national comment faisons-nous pour concilier plans grandioses et incapacité de répondre aux besoins primaires de la nation dans la même semaine ? Chacune de ces questions est pertinente ? Vous n'aurez de réponse à aucune d'elles. Pour revenir aux leçons de l'histoire, avez-vous déjà visité les ruines du palais Sans-Souci de Milot ? Savez-vous que ce palais a été érigé et dévasté en moins de trente ans et que depuis nulle part, nul régime, nul homme fort, nul Haïtien, du privé ou du public, n'a eu de rêve aussi grandiose, de résidence plus imposante que ce que s'était offert l'ancien esclave Christophe? Ce n'est pas le tremblement de terre de 1843 qui a mis à mal les projets de Christophe, ce n'est pas le tremblement de terre de 2010 qui nous a mis dans l'etat dans lequel nous sommes.