En Haïti, il y a cinq saisons. Le printemps, l'été, l'automne, l'hiver et le pire. Le pire arrive n'importe quand. Pour bien commencer la semaine, nous avons au menu : la promotion-révocation du commissaire du gouvernement Lucmane Délille ; et le renvoi de la rentrée des classes du 2 septembre. Vous avez le choix de vous demander : "Mais pourquoi encore nous changeons de commissaire de gouvernement ?" ou "Diantre, pourquoi le gouvernement encore une fois ne respectera pas la date qu'il avait lui-même choisie pour la réouverture des classes ?" Faites votre choix. Vous pouvez aussi prendre la décision de chercher à comprendre pourquoi le président Michel Martelly, qui a déclaré la porte ouverte et proclamé ses prédispositions à rencontrer à une date ultérieure les partis politiques qui avaient boudé son invitation de lundi dernier, est brusquement parti en vacances. L'aéroport a été comme une fenêtre ouverte vers d'autres cieux pour le président. Au lieu de s'asseoir patiemment et d'attendre des invités qui se font désirer, le président a pris les devants vers ailleurs, là où il sera reçu avec les honneurs. Une semaine après le dialogue manqué, le ministre des Relations avec le Parlement, Ralph Théano, a confirmé sur Magik 9 que les élections auraient bien lieu cette année. En décembre, précise le ministre. Sans doute avec la loi de 2008 encore en vigueur, selon lui. Exit les prérogatives du CTCEP de fixer le calendrier électoral et celles du Parlement de voter la loi élaborée par le Conseil. En esquivant les débats houleux sous prétexte de ses vacances, le président Martelly s'offre un répit d'ici début septembre. Mais en mettant le turbo pour annoncer des élections d'ici la fin de l'année, le gouvernement n'est-il pas en train de confondre vitesse et précipitation ? La question des élections achoppe encore une fois sur l'incompréhension pure et parfaite qui existe traditionnellement entre pouvoir et opposition en Haïti depuis 1986 : d'un côté le régime en place, convaincu de bien faire, veut tout faire pour contrôler les élections et assurer sa pérennité ; de l'autre, l'opposition, qui n'a rien à perdre et tout à prendre, veut pousser à la faute ses vis-à-vis. Quelles que soient les intentions des uns ou des autres, nous sommes à la saison de la politique du pire. A vous de choisir ce à quoi vous allez donner votre attention et votre temps.