Doté d'une intelligence supérieure et d'une grande expérience, le président français François Mitterrand pensait - et à juste titre - que pour conquérir le pouvoir, il faut avoir un parti politique organisé et clairvoyant. En est-il de même pour le président Michel Joseph Martelly ? Élu sous la bannière d'une plateforme méconnue et novice (Repons peyizan), Sweet Micky, pardon, Michel Joseph Martelly, après plus de deux années passées à la tête du pays, affiche, avec une morgue inhabituelle dans les annales de notre vie politique, sa volonté d'être partie prenante dans la réalisation des prochaines élections en tant que chef de parti. Cependant, les choses ne seront pas aussi faciles pour lui. Est-il prêt à se jeter à corps perdu dans cette aventure périlleuse ?
Faite de pleurs et de malheurs, l'histoire politique nationale récente est fort éclairante à cet égard. Et Aristide, avec Fanmi Lavalas, et Préval, ave INITE, hommes anti-parti par excellence, ont compris sur le tas que le pouvoir est avant tout une affaire d'organisation et de gestion d'une équipe de partisans et militants. Ce qui implique la mobilisation de ressources humaines qualifiées, la mise en place de réseaux et de relais à travers tout le pays, l'élaboration de stratégies appropriées de conquête du pouvoir, etc. Un pouvoir issu de nulle part, fruit d'un discrédit spectaculaire de la classe politique, sans ressort idéologique, est souvent un ramassis d'amateurs et de charlatans. On ne peut pas traiter le mal par le mal! In fine, le résultat, on le connaît, débouche toujours sur la catastrophe. Le cas de l'actuel chef de l'État ressemble étrangement au parcours aristidien et à l'expérience de Préval : «criseurs» patentés, tous deux, harcelés par une opposition plus conspiratrice que démocratique, engoncés, tiraillés par des luttes internes, furent obligés d'inventer une plateforme pour gérer (difficilement) le pouvoir.
À deux reprises - en 1991 et en 2004 -, le sort de l'ancien vicaire de Saint-Jean-Bosco prit les contours d'une catastrophe. Compte tenu du caractère clanique de son pouvoir et du ralentissement de l'aide externe, de l'incertitude du processus électoral et de la radicalisation de l'opposition, les perspectives pour Martelly ne sont plus roses. Arriver à transformer le mouvement électoral qui l'a propulsé au sommet de l'État en 2011 en un véritable parti est, à bien des égards, une gageure. Mettre sur pied un parti politique - digne de ce nom -, ce n'est pas organiser un bal! Entouré de courtisans aveugles et enfermé dans sa bulle, est-il capable de se dépasser pour mieux saisir les véritables enjeux et périls dangereux de cette conjoncture électorale ? S'agira-t-il d'un parti traditionnel, fasciné par les recettes éculées et les magouilles électorales, semblable à la continuité lavalassienne ou un parti moderne, expression de la rupture et du renouveau post-lavalassiens? Tout indique hélas, jusqu'à présent, que la montagne va accoucher d'une souris.
En politique, les miracles se font rares quand on est l'objet de tous les regards et la cible de tous les prophètes de malheur. En plein réveil, ces partis politiques et ces leaders politiques que Martelly avait fustigés -et continue de critiquer - avec une telle ferveur tout au long de la campagne électorale de 2010-2011 le combattent aujourd'hui de pied ferme, tous crocs dehors, sur leur propre terrain. Imaginez la suite!
Cardiaques s'abstenir...
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.