Les catholiques ne diront plus à la sixième demande du Notre Père: «Ne nous soumets pas à la tentation». Il faudra désormais dire «Et ne nous laisse pas entrer en tentation». La nouvelle est une petite révolution. « Le 22 novembre prochain, les éditions Mame publient une nouvelle traduction en français de la Bible liturgique, qui a été approuvée par le Vatican le 12 juillet dernier », rapporte Le Figaro. C'est une traduction totalement nouvelle - à l'exception des psaumes - qui sera livrée au public après dix-sept années de travail d'une équipe de soixante-dix traducteurs. « Ils sont partis des textes originaux araméens, grecs, hébreux, et non des traductions déjà existantes. Une méthode de mise à jour radicale du sens profond qui a permis l'établissement d'un «nouveau» «Notre Père», explique l'article du quotidien français. «Et ne nous laisse pas entrer en tentation» remplacera «Ne nous soumets pas à la tentation». Cette formulation malencontreuse, désormais corrigée, a laissé penser depuis 1966 où elle est entrée en vigueur - au grand dam des milieux traditionalistes qui s'y sont toujours opposés - que « Dieu, infiniment bon et source de toute bonté, puisse pousser l'homme au mal et au péché», explique le P. Frédéric Louzeau, théologien, auteur d'un remarquable ouvrage récent sur le sujet (La prière du mendiant, l'itinéraire spirituel du «Notre Père», éditions Parole et Silence - Collège des Bernardins). Un contresens total, donc «blasphème» pour certains qui préféraient la formulation «Ne nous laissez pas succomber à la tentation». Formule équivoque, enfin, lue en chaire dans toutes les églises du monde francophone, priée publiquement ou intimement par des millions de catholiques mais induisant, dans des esprits non avertis, une sorte de perversité d'un Dieu, demandant de supplier pour échapper au mal que lui-même attiserait... Rien n'est donc coulé dans le béton pour l'éternité. Toute oeuvre humaine- dans ce cas précis la traduction- peut s'améliorer. Il ne faut jamais ni désespérer ni baisser les bras. C'est aux couleurs de l'espoir qu'il faut lire la reprise du dialogue entre le président de la République et les présidents des deux chambres ce lundi. Michel Martelly, Dieuseul Simon Desras et Jean-Tholbert Alexis dans une même pièce scrutant les pistes, cherchant les meilleures routes pour sortir le pays de l'impasse institutionnelle où tout nous conduit depuis des semaines. C'est de bon augure. Rien n'indique que sur tout il y aura une entente, ni qu'un seul et même chemin verra les plus hautes autorités s'engager en caravane demain ou la semaine prochaine ; il faut cependant encourager le dialogue naissant en espérant que les rancoeurs resteront au vestiaire. Il n'est jamais trop tard pour faire mieux. N'est-ce pas messieurs ?