La situation entre Haïti et la République dominicaine passe à une autre phase. La présidence dominicaine a annoncé la suspension du dialogue amorcé avec Haïti sous l’égide du Venezuela. Le 30 novembre prochain, les représentants dominicains ne se présenteront pas au rendez-vous pris avec Haïti. De plus, l’ambassadeur dominicain accrédité en Haïti a été rappelé pour consultation. Ces actions sont des réactions à la condamnation sans équivoque émise par la Caricom contre nos voisins. Si le dialogue est sur pause, les rapatriements d’Haïtiens, ou des considérés comme tels, continuent. La gravité de la crise entre les deux pays n’empêche pas que pendant quelques heures l’actualité a mis la question dominicaine entre parenthèse pour évacuer quelques sujets pesants. Me Francisco René, énième commissaire du gouvernement de la juridiction de Port-au-Prince sous l’ère Martelly, a été démis de ses fonctions et la Chambre des députés a voté dans les mêmes termes que le Sénat la loi électorale. Ces deux faits apportent un baume au cœur de ceux qui désespéraient de voir la gestion des affaires publiques péricliter sans rémission. Il y a donc des pilotes aux commandes. Les conflits entre les branches de l’exécutif sur la marche à suivre dans la gestion des élections sont donc résolus ou apaisés tout au moins ? Car comment ne pas remarquer les propos du premier ministre Laurent Lamothe dans son blog personnel de citoyen : « Je prends quelques minutes à l’instant pour saluer le vote de la loi électorale par la Chambre des députés… Il y aura enfin des élections en Haïti! », a écrit le PM sitôt le résultat du vote des députés connu. Dans son court texte, Lamothe poursuit : « Les 71 députés présents, de tous les blocs et tendances politiques, ont adopté le texte de la loi électorale à l’unanimité. L’instrument juridique et légal est donc fin prêt pour permettre la tenue d’élections en bonne et due forme. » Selon lui, « Nous venons de montrer au peuple haïtien ainsi qu’au reste du monde que notre démocratie est bel et bien vivante, que malgré les embûches et les dissensions, nous faisons le nécessaire pour assurer la bonne marche de l’État. » Les observateurs prennent note qu’après les rumeurs de démission au faîte de l’exécutif, le premier ministre rencontre tour à tour les leaders religieux, ceux qui ont des représentants au sein de Religions pour la paix, ce facilitateur qui ne peut pas mettre autour d’une table le président de la République et les parlementaires. Déjà, on scrute du côté du journal officiel, Le Moniteur, pour vérifier avec quelle vitesse ou quelle paresse la présidence va publier la loi électorale. Des changements au sein du CTCEP sont aussi très attendus. Le pré-calendrier électoral ne tient plus…, par exemple. La parenthèse dominicaine impose que l’équipe Martelly-Lamothe fasse la paix sur les autres fronts. Commissaire du gouvernement exit, loi électorale votée, quelles seront les autres concessions qui vont suivre pour apaiser le courroux des secteurs en colère ou en rébellion ouverte? Dessalines et Pétion vont-ils se rejoindre pour faire front à la menace venue de l’Est ? Elle peut aussi y faire objection et le schisme au sommet sera révélé au grand jour.