Le verdict dans l’affaire Duvalier est attendu depuis des mois. Cette semaine, pour le troisième anniversaire du retour au pays de l’ancien dictateur, les organisations de victimes sont montées au créneau. La justice a répondu par un silence assourdissant.
Depuis 1986, les affaires judiciaires qui mettent en cause l’ancien président à vie traînent. Même l’annonce par la Suisse que les fonds détournés par Baby Doc ne lui seront pas rendus n’a pas eu l’air d’appâter l’Etat haïtien. Silence complet.
Pour bien commencer l’année, à l’invitation du président Michel Martelly, Jean-Claude Duvalier s'est rendu aux Gonaïves, ville qui avait allumé la mèche de l’implosion de son régime, pour participer aux cérémonies commémoratives des 210 ans de l’Indépendance d’Haïti.
La présidence crie qu’elle n’absout personne en lançant ses invitations. Les victimes des macoutes n’en croient pas un mot. Après le tollé provoqué par la présence de Duvalier aux cérémonies marquant l’anniversaire du séisme en janvier 2013, sa présence dans le cortège des officiels en janvier 2014 a comme valeur de message, à leurs yeux.
Un juge peut-il passer outre aux bruits de couloirs et dire sa sentence en son âme et conscience quand un accusé a de si puissants amis ? se demandent-ils.
Alors que ceux que la question turlupine cogitent, voilà que tombe comme un coup d’éclair l’annonce de l’inculpation d’une nouvelle fournée d’accusés dans le cadre de l’affaire Jean Dominique / Jean-Claude Louissaint du nom du célèbre journaliste et du gardien de Radio Haïti assassinés sur la cour de la station le 3 avril 2000.
L’affaire Dominique traîne lui aussi dans les couloirs de la justice haïtienne. Les juges d’instruction se repassent les indices d’un gouvernement à l’autre. Chaque gouvernement sort ou gèle le dossier au gré de ses intérêts. Il y a eu déjà des inculpés, des évadés et des morts dans cette affaire. Des mises hors cause aussi.
Toute sorte de personnes proches du secteur privé, des anciens militaires, des ennemis de Jean Dominique, de ses alliés politiques ou de ses anciens amis, ont été un jour citées comme suspects potentiels dans cet assassinat. Même des ambassades auraient pris part au complot, chuchotait-on à certains moments.
Le nouveau rebondissement, qui place Jean-Bertrand Aristide parmi les témoins importants et des proches de l’ancien président comme auteur intellectuel ou coupables du forfait, tombe à pic.
Macoutes et Lavalas se rejoignent sur le banc des accusés. Les deux camps antagonistes ont aujourd’hui chacun un grenn zanno kay òfèv. Les plateaux de la justice n’ont jamais eu de si lourds clients.
Le président Michel Martelly respire. A loisir, il peut puiser dans un camp ou dans l’autre la victime expiatoire à immoler sur l’autel de la justice.
Duvalier, Dominique, Aristide, Martelly se retrouvent sur les bancs de l’histoire. Surprise, surprise.
En cette année d’élections cela peut être le début d’un nouveau coup pour rien, d'un gros coup ou d'un coup double.
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