De dimanche en dimanche, le carnaval se porte de mieux en mieux. Les exercices précarnavalesques sont exquis. La foule est compacte partout, l’alcool et autres substances illicites revigorent l’ambiance, la musique entraînante engrosse les décibels et, suprême plaisir, pas un refrain ne porte à mal la bonne réputation des autorités. On dirait que les groupes participent à un concours du « qui passera le plus loin d’un aloral ou d’un ateri » pour citer deux slogans qui avaient fait la mauvaise fortune de Brothers Posse l’an dernier tout en lui assurant le plus grand des succès populaires. C’est comme ça, une année le gouvernement encaisse, la deuxième il se fâche, la troisième tout le monde passe à la caisse et se tait, font remarquer les loustics. Si le carnaval se déroule sur le mode du tout va très bien, pas un jour qu’une école ou qu’une université ne sursaute aux cris des revendications des élèves, des enseignants ou des étudiants. Ce lundi, de Limonade au Champ de Mars, on a manifesté. Il y a eu nuage de gaz lacrymogène, pluie de pierres et même de balles. Une femme est morte à Limonade et le rectorat a décidé de fermer l’Université de la ville agitée depuis des jours. Le ministre de l’Education et le secrétaire d’Etat à la Sécurité publique, dans un mariage étonnant, annoncent une conférence de presse conjointe pour ce mardi. Dans les manifestations, le reproche fait au gouvernement est de mettre le paquet sur le carnaval et pas assez de moyens sur l’éducation. L’éducation, la priorité depuis trois ans et particulièrement cette année qui est dédiée à cet E si cher au président, n'est pas logée à bonne enseigne, selon les protestataires. Carnaval VS Education. Quelle concurrence ! En attendant que la bande à pied ou l’orchestre le plus audacieux ou le plus téméraire traduise le malaise social de ce début 2014 en chanson de carnaval, la population a déjà son slogan pour caricaturer la posture du gouvernement et de ses grands rêves : tôles rouges. Tôles rouges, à l’image de ces palissades qui enserrent les chantiers qui avancent lentement ou qui n’avancent pas du tout ici et là à travers le pays.