Michel Martelly, mal conseillé, a longtemps erré en refusant, sans base juridique et constitutionnelle, de publier les noms des juges élus à la CSC/CA par le Sénat. Arc-bouté à une position illégale pendant des mois, il a pu retourner la situation à son avantage au point de faire de la publication dans le Moniteur de la liste complète des 10 juges une monnaie d’échange pour que le président du Sénat, Dieuseul Simon Desras, signe l’accord politique prévoyant des élections en 2014 avec un CEP retouché, un remaniement ministériel en maintenant Lamothe à la Primature et de nouveaux amendements à la Constitution de 1987. Le sénateur du Centre, après avoir donné sa parole qu’il signerait l’accord dès qu’il aura en main ce Moniteur, s’est ravisé. Empêtré, Dieuseul Simon Desras, confronté à l’opposition farouche d’au moins six sénateurs hostiles, veut signer à titre de témoin. Ce qui n’était prévu nulle part dans le protocole, les termes de référence du dialogue politique. Depuis, Desras rase les murs, avoue être dans une situation inconfortable. Le Sénat, dans l’opinion, passe comme l’entité qui met les bâtons dans les roues d’une résolution pacifique et discutée des différends politiques. Dieuseul Simon Desras, entre-temps, pousse pour « le dialogue institutionnel », le face à face entre le président Michel Joseph Martelly et des sénateurs. Les yeux dans les yeux, les dossiers qui fâchent pourront être mis sur la table et discutés, dans l’espoir de préserver la stabilité politique. Et, en bout de piste, regarder l’horizon, les pas vers l’après-Martelly. Savoir si les énergies seront utilisées pour que ces pas soient solennels, comme le président qui passe son écharpe ou hâtifs comme celui qui est contraint de laisser le pouvoir en catastrophe. Il n’est pas trop tôt pour envisager ces scénarios. Sans avoir une boule de cristal, il reste à savoir si Martelly, qui marque des points ces temps-ci dans l’opinion, résistera à la tentation d’instrumentaliser les institutions de l’Etat au bénéfice de ses partisans pendant les prochaines élections. L'avenir le dira. On se rapellera seulement que les chefs d’ici ne sont pas nombreux à résister à cette tentation de contrôler les joutes. Cependant, dans ce jeu d'échec, de stratégies dont l'objectif est la conquête ou le maintien au pouvoir, il y a la communauté internationale. Assez discrète depuis trois ans, elle n’a pas pour autant démissionné de son poste de censeur. Au besoin,elle recadre, régente. Elle a déjà imposé des résultats sur gazon vert. Parfois en fonction de ses intérêts. Parfois parce que ses représentants sont énervés et empêtrés avec des chefs haïtiens qui sont loin d’être des hommes d’Etat, de véritables responsables politiques. Cela dit, personne, encore moins Michel Martelly, ne doit perdre de vue les véritables enjeux politiques pour Haïti, pays instable qui a réussi en 2011 avec René Préval une transition politique relativement acceptable. Le défi aujourd'hui est de maintenir le cap. Pour cela, entre la coupe du monde et le carnaval des fleurs fin juillet , il y a des chefs qui devront bouder leur plaisir pour que le tambour déjà lourd de nos malheurs ne soit encore plus lourd à un moment où des ultras parlent d’élections générales en 2015. Pas avec le gouvernement actuel qui n’a encore jamais organisé une seule élection, disent-ils. En filigrane, on prépare l’opinion à des élections à réaliser avec un gouvernement provisoire comme gage de neutralité. Ici où l’opinion a déjà soupé de toutes les recettes des politiques avides de pouvoir, on rira aux éclats. Mais ici aussi, on sait que l’absurde s’érige souvent en logique. Celle des intérêts. Cependant, il y a un choix à faire entre le pas solennel ou le pas hâtif. Même si la majorité de ses ennemis au Sénat seront « en panne chef » avant lui, Martelly, deux ans avant la fin de son mandat, est déjà sur le tapis roulant vers la sortie. Avec lui, le pays qui a tant besoin de leaders "Tèt dwat", non des têtes brulées qui ne pensent qu'à eux.