Aux Archives Nationales, un salon est désormais réservé aux VIP. « Seuls les VIP en personne ont accès au salon. Un guichet spécial est mis à la disposition des messagers envoyés par les VIP.» Ces mots sont du directeur général de l’institution, Jean-Wilfrid Bertrand. Avec ce nouveau service inauguré le dimanche 30 mars 2014, les VIP (personnalités, hauts cadres de l’administration, élus, etc.) éviteront les péripéties subies par les contribuables pour obtenir un extrait d’archives.
Au moment où les contribuables font le pied de grue pour obtenir le précieux document, cette décision ne risque-t-elle pas d’engendrer des frustrations dans une société où les clivages sont déjà assez nombreux ? Comment une institution publique peut-elle décider de réserver une de ses salles aux VIP ? Comment peut-on se féliciter de servir les VIP rapidement quand la grande majorité des contribuables continue de se plaindre de la lenteur du service ? Imaginons que la Direction Générale des Impôts (DGI) – excluant le bureau pour les grands contribuables -, le service de l’Immigration, pour ne citer que ceux-là, décident officiellement d’emboîter le pas aux Archives !
Après environ 30 ans à la tête des Archives Nationales d’Haïti, Jean-Wilfrid Bertrand y a réalisé d’énormes progrès. Il essaie chaque jour de moderniser le service. En partenariat avec l’Office des postes et les Presses nationales d’Haïti, les Archives nationales ont, depuis 2005, créé le « service de livraison à domicile ». Depuis quatre ans, il y a également la livraison au guichet avec les compagnies de transferts. Le problème est-il pour autant résolu ? Non. Mais le service s’est amélioré.
Ici, au pays où tout est priorité, il est souvent difficile de commencer par le commencement. C’est-à-dire résoudre les problèmes fondamentaux. Si le service peut être rapide pour les VIP, combien cela coûterait pour qu’il le soit aussi pour tout le monde ? Comment faciliter les personnes vivant dans les coins les plus reculés du pays à tirer leurs extraits d’archives sans trop de tracasseries ?
A force de vivre certaines situations, elles sont comme devenues normales. Normal que des personnes prennent une file interminable pour une transaction bancaire. Normal que des contribuables attendent des heures même pour payer leurs impôts. On trouve aussi normal qu’on planifie un service rapide pour les chefs et on laisse la grande majorité de la population à ses péripéties.
De 1804 à nos jours, il est toujours impossible de délivrer un acte de naissance à tous les Haïtiens. Tout le monde trouve normal que peu d’Haïtiens finissent leur vie sanctionnée par un acte de décès. Pourquoi tout le monde ne devrait pas, ici, avoir accès à un service propre, rapide et efficace ? Quand mériterons-nous d'être tous des VIP dans les services publics de notre pays.
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