Tout va bien. Le cabinet d’ouverture est «largement large» de par sa composition quantitative. Non sans perplexité, les députés ont voté à l’unanimité l’amendement de la loi électorale. L’opposition – toutes tendances confondues – réclame des élections. Mais lesquelles ? Nourris de nombreux antécédents malheureux, le président de la République et le Premier ministre n’ont rien à craindre – ni de l’opposition tabula rasa ni d’une hypothétique insurrection populaire –, puisqu’ils vont, de concert avec l’organisme électoral – CT-CEP ou Conseil électoral provisoire, peu importe –, s’investir corps et âme pour que la date du 26 octobre 2014, fixée par l’accord d’El Rancho, soit respectée pour la tenue des élections locales, communales, législatives et sénatoriales partielles ! Moralité : il sera toujours bien assez tôt pour s’interroger sur le soutien apparent que les capitales occidentales et latino-américaines, toujours imprévisibles dans leurs revirements ou reniements, ont apporté jusqu’ici à un pouvoir en irrémédiable mode électorale. Venus d’horizons divers, guidés par des intérêts divergents, ceux qui préconisent des élections générales en 2014 avec ou sans Martelly-Lamothe doivent attendre un peu. C’est ce qui leur donne cet air grave, alarmiste même. Qu’est-ce qu’ils attendent pour être de bons électeurs le 26 octobre 2015 ? Rodez votre cerveau, écoutez la radio. Qu’on ne vienne pas leur embrumer l’esprit avec des spéculations ou des prophéties de mauvais augure qu’il suffit d’ignorer quand elles surgissent. Nos dirigeants s’y emploient, non ? Ragaillardi et «pluriel», ce nouveau cabinet ministériel «qui inspire confiance» est «monté» pour ça, pour accompagner et faciliter les prochaines élections, n’en déplaise aux porte-parole les plus intransigeants de l’opposition anti-Martelly-Lamothe, non ? Suspens garanti, mais pas de panique. Dans ce contexte de polarisation politique, de dépréciation accélérée du taux de change, de menaces réelles pour la liberté de la presse, ces élections, réalisées à la date prévue ou pas, vont marquer un tournant décisif dans notre vie de peuple. Les enjeux sont vitaux de part et d’autre. Inédite, la situation ? Non, c’est une autre de plus, avec ses orages et ses péripéties, qui bouscule le paysage politique et remet en question les agendas des uns et des autres. Susceptibles de tout occulter (l’économique, la reconstruction, la sécurité, «le dialogue national», etc.), ces élections que l’équipe au pouvoir va tout faire pour gagner, sans dissimuler sa volonté hégémonique, ne seront malheureusement pas un carnaval, mais seules des élections libres et transparentes, crédibles et honnêtes pourront faire la différence entre les candidats et alliés Tèt Kale et ceux de l’opposition (unifiée?).