Aucun pas n’a été franchi par le gouvernement de Danilo Medina pour laver la souillure du tribunal constitutionnel quant à la dénationalisation des Dominicains d’origine haïtienne causée par l’arrêt 168-13 le 23 septembre de l’année dernière. Le dépôt du projet de loi sur la nationalité promis par le gouvernement dominicain depuis le mois de février dans le cadre des engagements pris dans les rencontres binationales se fait toujours attendre. Entre-temps, les organisations internationales et régionales qui avaient condamné l’arrêt réagissent de moins en moins. L’inaction de la diplomatie haïtienne depuis le report des assises de mars et d’avril qui devaient se tenir à Jacmel a permis à Santo Domingo de jouer sur le temps. L’absence de pressions des organisations des droits de l’homme a donné toute la latitude au président de la république voisine d’engager des consultations pendant trois semaines, avec les forces politiques et sociales de son pays, en vue d’adopter la solution appropriée sur ce dossier qui avait plongé le gouvernement, en décembre dernier, dans un profond désarroi. Constatant de jour en jour le peu d’intérêt soulevé par le dossier de l’arrêt tant au niveau des organisations internationales qu’au niveau de la presse, les Dominicains, victimes de cette discrimination, ont manifesté mardi devant le palais présidentiel afin de sensibiliser le gouvernement et l’opinion publique à la nécessité de résoudre les problèmes posés par cette décision. Mis à part la note de la chancellerie haïtienne le 6 mars dénonçant le gouvernement dominicain pour non-respect des engagements, aucune autre action n’a été entreprise par le gouvernement haïtien depuis un mois. Le report à deux reprises de la réunion binationale à Jacmel n’a produit aucun effet sur le gouvernement de Medina. Au contraire, le silence du gouvernement haïtien sur le dossier et l’absence d’interventions dans la presse à ce sujet ont permis aux autorités dominicaines de se préparer pour d’éventuels rebondissements. Selon toute vraisemblance, les intérêts des multinationales américaines et européennes en hôtellerie et autres types d’entreprises en République dominicaine sont de nature à empêcher les agences mondiales d’information de parler de l’arrêt aussi longtemps que le dossier retiendra l’attention des organisations des droits de l’homme. Que doit-on attendre du nouveau chancelier dans le cadre de ce dossier dont la Cour interaméricaine des droits de l’homme a été saisie ? Duly Brutus va-t-il pouvoir sensibiliser à nouveau les pays de la Caricom et ceux de l’Amérique latine à travers les fora et réunions internationales avec le même dynamisme que son prédécesseur ? L’administration Martelly-Lamothe conserve-t-elle le même dévouement dans le cadre de ce dossier à l’approche des prochaines joutes électorales ? Les forces vives du pays se sentent-elles concernées par la sentence du tribunal constitutionnel qui a rabaissé l’âme nationale à la face du monde ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com