Avez-vous le temps de suivre depuis quelques mois les péripéties au sein de la Fédération haïtienne de volley-ball ? La famille du volley se déchire, lentement mais sûrement. Trop de monde monte au filet. Le volley-ball est un sport confidentiel, cela n’inquiète personne que certains rouages ne tournent pas rond. Suivez-vous le feuilleton de la Fédération haïtienne de football ? Il y a un championnat qui peine à réunir toutes les équipes attendues. Les dirigeants des clubs et de la fédération passent plus de temps à écrire des lettres qu’à se battre pour le football. La télévision gratuite et tous les bons championnats étrangers nous épargnent de réfléchir sur la mort du foot local. Arrivez-vous à vous retrouver dans les arcanes de l’accord d’El Rancho ? Savez-vous qui a signé quoi, respecté quoi, s’est engagé à faire quoi ? Oui, c’est vrai, c’est dur de démêler le vrai du faux dans cette affaire. Dernier clou en date dans notre petit cercueil de déveines, le président de la République a annoncé que les caisses de l’Etat sont vides. En êtes-vous informé ? Ah ! vous ne le saviez pas. Pas grave, cela n’aura nulle conséquence. Savoir, ne pas savoir, on aura les mêmes retombées : rien. Haïti - que louange et gloire soient rendues aux anges et aux saints - est immunisée contre toute crise sérieuse. Nous n’avons ni bourse, ni finance, ni créanciers. En fait, nous sommes de plus en plus atypiques. Nous échappons aux normes et aux sanctions. A bien regarder, nous aimons le sport, le football est notre distraction favorite, la politique nous passionne, l’argent est notre boussole, rien de tout cela ne marche et cela n’a aucune sorte de conséquence. Bien entendu, le foot comme le volley ne drainent pas la grande foule dans les stades et autour des terrains. Nos sportifs sont devenus comme nos politiciens. Ils font tout pour ne pas faire ce qu’ils ont à faire. Et nos politiciens sont comme nos sportifs. Ils maîtrisent l’art de dribler, de nous dribler, de se dribler, comme aucun grand champion. Et cela ne fait que nous amuser. Bien avant la signature de l’accord d’El Rancho, Haïti pouvait réunir des joueurs et participer dans toutes les catégories de tous les championnats du monde de temps à perdre. Aujourd’hui de nouvelles cargaisons d’athlètes ont rejoint la fédération des a-rien-à-faire. Dommage, cette discipline sportive n’existe pas. Perdre son temps avec une si grande passion ne se pratique au niveau professionnel en Haïti. En prime, nous rions de toutes nos défaites. De tous les délitements. Le spectacle de notre naufrage nous divertit. Et cela n’inquiète ni ne panique personne.