Michel J. Martelly parviendra-t-il à reprendre les choses en main en facilitant la tenue des prochaines élections en 2014? Ce sera difficile. En attendant, les à-coups de la classe politique, ses oscillations entre opposition modérée et jusqu’au - boutisme en mode tabula rasa, sont préoccupants. Car si une politique de stabilité ne se définit pas, comme sous le président Préval, à coups de combinaisons et de faux-semblants, elle ne se conduit pas non plus comme un trompe-l’œil avec de sempiternels affrontements. Le succès de l’expérience Tèt kale, de l’expérience de l’alternance ou de la continuité (eh oui !) sans violence qui doit déboucher sur des élections multipartites «acceptables», c’est-à-dire sans ces fraudes massives qui sont l’apanage des faux démocrates et des politiciens «mafieux», dépend avant tout d’un pilotage politique, sociétal et économique pragmatique. Eh oui ! Une fois arrivé au pouvoir – par les urnes-, dans des conditions rocambolesques ou pas, il faut penser et savoir en sortir à la date fixée par la Constitution. Accéder au pouvoir – comme mennen koulèv la lekòl – est une chose ; boucler sans trop de casse son mandat en est une autre (fèl chita se de). Et pour bien comprendre cette image édifiante, on peut consulter ces malheureux cavaliers désarçonnés que furent Henri Namphy, Prosper Avril, Raoul Cédras, Jean-Bertrand Aristide et René Préval dont personne n’a oublié les mésaventures dramatiques et lamentables. La fin d’un règne, quand elle n’entraîne pas l’exil et la «tutelle» onusienne, est le point de basculement d’une nation. Cet avenir-là, l’opposition «Rache manyòk», qui s’emballe déjà dans une atmosphère de fin de règne, l’imagine déjà pour l’actuel chef de l’État. Que Dieu nous en préserve ! Le scénario de la transition pacifique ou négociée, « en douceur», dont quelques partis de l’opposition se réclament encore, a ses ratés. Lourde et complexe, déficiente et rachitique, la machinerie électorale a toujours eu mal à fonctionner. Pour celui que la classe politique considère à juste titre comme un « intrus», l’organisation d’élections libres, faute d’expérience, est si difficile, angoissante qu’ici et là, on ne cesse d'en repousser la date, sous prétexte qu’elles sont coûteuses. Selon toute évidence, celles-ci s’apparentent, pour le moment, à une bombe, de surcroît à fragmentation, tant les défis et les conditions pour y arriver apparaissent immenses et déroutantes. Des défis et des conditions qui font craindre le pire. «L’Etat de droit fort» promis au président Obama par notre président ne peut se cristalliser qu’à travers des élections locales, communales, législatives, sénatoriales et présidentielles, non litigieuses, c’est-à-dire successivement ou simultanément. Aussi douloureuses qu’elles soient, les mutations politiques et institutionnelles, que Haïti est en train de vivre, sont irréversibles. Le multipartisme et la liberté de la presse – des mots tabous, il y a environ trente ans, dans la tête et le comportement de nos concitoyens – sont désormais considérés comme indispensables à un processus démocratique devenu condition sine qua non du développement national. Pour réussir à résoudre l’énigme de la couleuvre, à désamorcer cette bombe dévastatrice que constitue, d’habitude chez nous, l’organisation des élections, le successeur de René Préval, tirant les leçons des crises précédentes, doit user de flexibilité et de promptitude (car le temps lui fait la guerre), voire d’un plomb dont il ne manque point. Il reste à espérer qu’un sursaut de sagesse collective pourra nous permettre d’éviter, à partir de la médiation (hélas de plus en plus controversée) du cardinal Chibly Langlois, de «revivre» le triste sort de Prosper Avril ou de Jean-Bertrand Aristide ou encore de René Préval, figures grimaçantes de fin de mandat éclaté.