Au terme d’une visite officielle de cinq jours dans le pays de Chian Kai-Check, pour rencontrer les hommes et les femmes d’Etat de ce pays, prendre connaissance du mode de fonctionnement des institutions dans une société civilisée, voir et apprécier le niveau de développement d’un pays dont le climat est similaire à celui d'Haïti et dont la dimension géographique presque identique à celle d'Haïti, Martelly a bien constaté le fossé qui sépare les deux républiques qui ont une longue tradition d'amitié. A la fin de sa visite, le président haïtien ne saurait ne pas se demander pourquoi nous sommes dans cet état et comment nous en sortir. Accompagné d’une délégation d’entrepreneurs pour exprimer sa volonté de rechercher les opportunités d’affaires pour le pays, le président de la République doit faire face dès son retour à la dure réalité de la conjoncture politique qui prévaut à chaque période préélectorale. Déjà, la République étoilée n’y va pas par quatre chemins. Après la visite de plusieurs délégations de parlementaires américains à Port-au-Prince depuis plusieurs mois pour s’enquérir de l’organisation des élections, l’aide américaine à Haïti est suspendue jusqu’à l’organisation des scrutins pour les deux tiers du Sénat, pour la Chambre des députés et pour les collectivités territoriales. Si un communiqué de presse de l’ambassade américaine rend publique cette décision dans la matinée de jeudi, il était déjà convenu depuis janvier que le déblocage des fonds pour Haïti était conditionné à l’évolution du processus électoral. Le secrétaire d’Etat américain avait été instruit d’informer les commissions des finances du Congrès de la situation qui prévaut en Haïti à ce sujet. Dans cette optique, tous les regards sont dirigés sur le Sénat, qui durcit de jour en jour sa position par rapport à l’amendement de la loi électorale, voté par la Chambre basse et bloqué par les irréductibles adversaires au pouvoir. Comment trouver un consensus sur ce dossier brûlant de l’actualité pour éviter une détérioration de la situation ? Il est assez difficile de prévoir un modus vivendi entre le groupe des six sénateurs et la médiatrice de l’accord d’El Rancho. Cependant, il n’est pas encore trop tard pour nettoyer les écuries d’Augias. L’application de l’article 12 de cet accord va permettre à l’institution électorale de lancer ses opérations sur le terrain sans la bénédiction du Sénat, mais la crise préélectorale ne sera pas résolue. Le hic dans cet accord est comment créer ce Conseil électoral provisoire qui doit organiser ces joutes ? Il est évident que les pouvoirs exécutif et judiciaire pourront facilement renouveler les noms de leurs représentants. Cependant, si du côté de la Chambre basse le groupe majoritaire peut faire la différence, par contre, comment le Sénat va-t-il renouveler son représentant si l’on tient compte de toutes les contradictions qui traversent cette assemblée ? Comment appliquer l’article 12 si on ne parvient pas à créer l'institution ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com