De querelle en querelle, le processus électoral devant déboucher sur les premières lueurs de l’après-Martelly est toujours dans l’impasse. C'est une sorte d'éternel retour! Cette fois, la « surchauffe» est venue de l’immixtion des Américains dans nos querelles à travers les déclarations (pro-gouvernementales) d’un cadre du département d’Etat, Joël Danies. Au-delà des réactions indignées de la classe politique condamnant péremptoirement « l’intrus étoilé», le Sénat a proposé au président Martelly, pour «débloquer» cette situation de paralysie, la mise sur pied d’un Conseil électoral provisoire suivant l’article 289 de la Constitution. Ni plus ni moins. Le reste – le gouvernement d’ouverture issu du dialogue (tant contesté) d’El Rancho – est secondaire. L’important, l’essentiel, c’est la composition de l’organisme habilité à piloter les prochaines compétitions électorales. Tout est là. Les enjeux, pour l’équipe au pouvoir et pour l’opposition, sont énormes. Est aléatoire, imprévisible, inquiétant, le bras-de-fer entre les six sénateurs – aguerris, comme on le sait- et le pouvoir, visiblement soutenu par la Communauté internationale ou une frange – on ne sait plus -, car, à bien y regarder, l’élément fondamental ici, c’est le temps… Un temps si menaçant, si orageux... Malheureusement, le pays, de plus en plus appauvri et fatigué, vit de crise, de crise imminente. Divisés et turbulents, nous traînons un âge honteux coiffé par la tutelle onusienne, on semble l'oublier. Dans les deux camps, il importe de réfléchir là-dessus. Le temps pour organiser les élections législatives, communales et sénatoriales partielles prévues pour le 26 octobre 2014 commence déjà à se rétrécir. Le temps pour organiser des élections générales (anticipées) avec ou sans Michel Joseph Martelly deviendra de plus en plus probable si les six sénateurs continuent de résister aux pressions internationales qui, lors des élections de 2006 et de 2010, ont tout fait basculer. Cela aussi, on semble l'oublier. Alimentée aussi bien par des revendications d’ordre interne que par des récriminations contre l’attitude « impartiale et colonialiste» de la communauté internationale, la bataille des Moïse Jean-Charles et Jean-Baptiste Bien-Aimé annonce au fond – mais avec épouvante – une bataille électorale aux conséquences dramatiques pour le pays, si la passion, la méfiance, l’intransigeance, la violence, la tricherie servent d’arguments et de munitions aux protagonistes, aussi pompeux et raides que la peur. Le temps d’un dialogue interinstitutionnel ou national, tel que le souhaite le Sénat, peut être exploité à bon escient par le président de la République afin d’éviter une aggravation de cette crise qui paralyse le processus électoral… Rêverie, me diriez-vous? Peut-être, mais nous savons désormais quelle bataille choisir: l'apaisement ou l'affrontement, le dialogue interhaïtien ou l'immixtion étrangère . C'est déjà beaucoup.