La Coupe du monde de football se porte bien. Le suspense est à chaque match. Les téléspectateurs haïtiens sont aux anges. Nous sommes impliqués, concernés, concentrés. Nos équipes favorites font de bons résultats, il n’en faut pas plus pour que tout le monde se voit champion le 13 juillet. Pourtant, ce n’est que le premier tour qui s’achève. Le temps des larmes viendra avec les éliminations directes. C’est inévitable.
En attendant, savourons.
Si le mondial brésilien tient toutes ses promesses, les politiciens haïtiens ont raté le tournant de la compétition. Rien de ce qui devait se passer avant que l’actualité ne braque ses projecteurs sur le ballon rond n’a été réalisé : le dialogue du Best Western n’a accouché de rien de bon pour dénouer la crise préélectorale, les prolongations tardent à changer la physionomie du jeu perdant-perdant qui se déroule sous les yeux impuissants de rares observateurs attentifs.
Avec l’assentiment de tous les acteurs politiques, un match nul en plein mondial et un hymne au temps perdu s’offrent en spectacle. Sur la route de la démocratisation, Haïti est hors jeu sans des élections. Et pourtant…
Le Parlement s’embrouille dans ses guerres de tranchées. Aucun groupe au Sénat ne peut ou ne veut gagner haut la main les 3 points de la sortie de crise en beauté. Le président Dieuseul Simon Desras désespère de trouver le quorum pour faire voter l’amendement de la loi électorale. Le groupe des six sénateurs irréductibles s’y oppose. Personne ne pèse sur le cours du jeu.
Rarement le Parlement n'est apparu plus inutile que ces derniers jours.
Au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), il y a une situation des plus confuses. Après avoir accepté et voté le changement de l’un de leurs représentants au CEP, le président du CSPJ est revenu sur le vote comme un arbitre qui accorde un but, puis le refuse pour une faute imaginaire. En fait, comme au Sénat, l’honorable magistrat ne veut ou ne peut faire de cadeau aux opposants qui ne font pas de cadeau à l’exécutif, son patron.
Rarement, le juge des juges a paru plus inféodé au pouvoir.
L’exécutif, la conscience tranquille et les mains plongées dans la préparation de la campagne électorale qui ne dit pas encore son nom, poursuit son petit bonhomme de chemin. Michel Martelly a fait beaucoup de concessions après avoir élevé beaucoup de barrières sur la route des prochaines élections. Il estime avoir assez fait.
Un président de la République qui veut contrôler le CEP, ce n’est pas une première et c’est toujours une erreur.
Le match se poursuit. Pour combien de temps encore avant que l’on ne passe aux tirs au but, aux moments fatidiques ?
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