Vingt-quatre heures après la clôture de la dernière session de la 49e législature, le président de la République, par l’entremise de son porte-parole Lucien Jura, a exprimé sa volonté d’engager des pourparlers avec les six sénateurs qui ont bloqué le vote de l’amendement de la loi électorale ainsi que les six partis politiques qui ont fait cause commune avec ces parlementaires. Sans vouloir rééditer l’Accord d’El Rancho, Michel Martelly croit nécessaire de se lancer dans un dialogue inclusif pour mettre à ses côtés les autres sénateurs ainsi que les autres partis politiques qui lui sont favorables. Si le chef de l’Etat avait tiré les leçons de l’échec d’El Rancho, il devrait éviter de faire le contre- poids avec les six partis politiques en intégrant les partis politiques qui lui sont proches dans les prochains pourparlers. L’une des raisons qui avaient poussé les partis politiques de l’opposition à se retirer de l’Accord d’El Rancho c’était la présence de ces 38 partis politiques formant le consortium. Aujourd’hui, si Martelly veut trouver une solution à la crise préélectorale, il doit comprendre que la présence de ces soi-disant partis politiques peut perturber le dialogue. Regroupés pour soutenir l’administration Martelly-Lamothe, ces partis, dont une vingtaine a été fondée après l’investiture du pouvoir Tèt Kale, ne peuvent en aucun cas permettre au pouvoir en place de gagner des élections ni contribuer au renforcement de la gestion moderne de l'Etat. La plupart d’entre eux, fondés depuis une vingtaine d’années, n’ont jamais remporté un siège au Parlement haïtien. Le président de la République doit déployer toute son énergie afin de trouver une entente avec les partis politiques et les six sénateurs pour faciliter la mise en branle de la machine électorale. Les différents scénarios conçus par les parlementaires proches du pouvoir pour déstabiliser le groupe des six sénateurs ainsi que les initiatives de certains partis politiques de l’opposition pour mobiliser les masses urbaines contre l’équipe au pouvoir n’ont pas produit l'effet escompté. Face à l’échec des uns et des autres, Martelly doit saisir cette occasion pour se refaire une santé aux yeux de la population et de la communauté internationale. Comment le chef de l’Etat peut-il expliquer qu’après trois ans et quatre mois aucune élection n’a pu être organisée pour renouveler les élus ? Comment peut-on imputer l’échec de l'organisation des élections seulement au groupe des six sénateurs qui n’ont pas voté l’amendement de la loi électorale ? Le vrai leader est celui qui est capable de trouver la réponse au problème comportant un grand nombre d’équations. L’incapacité des dirigeants haïtiens d’organiser les élections à intervalles réguliers ne fait que renforcer l’épithète de mauvaise gouvernance attribuée à notre pays depuis plus d’une vingtaine d’années. Le consortium des 38 partis politiques proches du pouvoir va-t-il aider Martelly à résoudre la crise préélectorale en se mettant à l’écart de la prochaine ronde de négociation ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com