L’intervention du président de la République, le vendredi 31 octobre dernier, à l’émission TV5 Monde avec les trois journalistes, continue de défrayer la chronique. Dans la presse électronique, dans le transport en commun et un peu partout dans l’aire métropolitaine tous les commentaires sont permis. Différents secteurs de la vie nationale profitent de cette occasion pour se faire entendre. L’application de l’article 136 de la Constitution évoqué par Michel Martelly, en référence au deuxième lundi de janvier 2015, pour constater la fin du mandat des parlementaires, a provoqué une levée de boucliers des organisations de défense des droits humains. Très acides contre le chef de l’Etat dans sa course à diriger le pays par décret à partir de cette date, ces organisations crient déjà à la mise en place d’une dictature. Depuis plusieurs mois, les partis politiques de l’opposition avaient accusé le pouvoir en place de créer les conditions pour instaurer une dictature. Comment le président de la République peut-il changer la perception que l’on commence à avoir de cette date qui donne des sueurs froides ? La gouvernance du pays par décret reflète-t-elle un caractère dictatorial ? Il est de coutume en Haïti que, dans les périodes de crise qui coïncident avec la fin du mandat des parlementaires, l’exécutif intérimaire prend des décrets ayant force de loi pour faciliter l’organisation et le fonctionnement des institutions. Du 5 février au 15 octobre 1995, le président Jean-Bertrand Aristide avait pris des décrets, dont celui sur l’organisation judiciaire. Après le départ pour l’exil du président Aristide, en février 2004, l’administration Alexandre- Latortue avait fait publier dans le journal officiel Le Moniteur une cinquantaine de décrets, d’avril 2004 à avril 2006. Personne n’avait fait référence à la dictature lorsque ces décrets avaient été publiés par ces deux administrations. Le contexte de crise préélectorale dans lequel se trouve le pays permet-il au président de la République de diriger le pays par décret après le deuxième lundi de janvier conséquemment au dysfonctionnement du pouvoir législatif ? Selon toute vraisemblance, Michel Martelly ne pourra bénéficier de ses propres erreurs. Le fait de n’avoir pas créé les conditions nécessaires pour l’organisation des élections en 2011, en 2012, en 2013 et probablement cette année, il lui sera difficile à cette date de prendre des décrets ayant force de loi pour diriger le pays pendant un certain temps. Seul un accord avec les six partis politiques et les six sénateurs peut empêcher le pays de sombrer dans l’anarchie et permettre au pouvoir en place de sauver les acquis de ces trois dernières années de gouvernance. Qu’arrivera-t-il si aucun accord n’est trouvé entre le pouvoir et l’opposition avant la date du 12 janvier 2015 et que toutes les forces vives de la nation se dressent comme un faisceau pour demander des comptes au pouvoir en place qui a failli à l’organisation d’élections depuis l’accession du chef de l'Etat à la magistrature suprême du pays ? Michel Martelly fera-t-il donc partie des criseurs de ces vingt-cinq dernières années qui ont causé des tords irréparables à la République ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com