L’année 2014 mange ses jours. 2015, s’accorde plus d’un, sera une année difficile. Pour plusieurs raisons. La période de soudure débutera plus tôt, entre janvier et février prochain, à cause de la baisse des stocks des produits alimentaires locaux. Le dernier bulletin de la CNSA a révélé qu’en 2014, la production de maïs a connu une baisse de 50 %, le riz de 26 %, le haricot de 11 %, l’igname de 40 %, le manioc de 43 % comparativement à 2013. La diminution des précipitations est l’un des facteurs expliquant cette baisse de la production agricole. Les prévisions sont assez pessimistes. On craint El Nino alors qu’une étude menée par des experts jamaïcains révèlent que la Caraïbe pourrait connaître des périodes de sécheresse avec une baisse des précipitations de l’ordre de 40 %. Le déficit de la balance commerciale risque de s’aggraver en Haïti, pays qui importe plus de 50 % de sa consommation en produits alimentaires. Pour les ménages, la dépréciation de la gourde, 47 gourdes pour 1 dollar, n’arrange pas la situation. L’arrêt de la décote ne serait pas pour demain, ont estimé des analystes. A court terme, avec la faiblesse de la production agricole, cette décote de la monnaie haïtienne est susceptible de créer de la panique et provoquer l’envolée des prix dans les marchés. À cause de PetroCaribe, le moindre toux à Caracas donne la fièvre à Port-au-Prince. L’inflation de 60 % au Venezuela, la baisse des cours du pétrole mettent encore plus d’ombre au tableau. Le cours du baril de pétrole a perdu environ 30 % de sa valeur. Le mercredi 19 novembre, il a dépassé de peu les 79 dollars, loin des 110 à 120 dollars d’avant l’été 2014. Cette baisse pourrait être durable avec un baril qui stagnerait en dessous des 90 dollars pour l’année 2015, selon des analystes. On ne sait pas si Caracas, face au spectre d’un défaut de paiement à cause de la diminution du flux de pétrodollars dans ses caisses, sera toujours aussi généreux envers Haïti dont le budget, cette année, dispose de ressources de l’ordre de 20 milliards de gourdes de PetroCaribe. Personne ne sait si, avec cette baisse des cours du pétrole, l’Etat haïtien maintiendra sa décision de suspendre graduellement la subvention des produits pétroliers. Alors que des indicateurs économiques suscitent des préoccupations, sur le terrain politique, les nerfs sont à vif. Chaque camp fourbit ses armes. Des grands truands, connectés aux réseaux de narcotrafic, ne sont jamais loin. La passe d’armes à distance entre le Premier ministre Laurent Salvador Lamothe et Kiko St-Rémy, beau-frère du président Michel Martelly, en dit long sur d'autres torchons qui brûlent. Le chef du gouvernement, accusé par Kiko « d’instrumentaliser la justice », de neutraliser des « opérateurs », des « compétiteurs », des « militants », a renouvelé son engagement à lutter contre le kidnapping, les trafiquants de drogue, la mafia. Dans la presse, Pierre Espérance, coordonnateur du RNDDH, n’a pas pris de gant : Kiko « symbolise la mafia en Haïti ». Il est de mèche avec Baz Galil, un gang puissant, impliqué dans des enlèvements, a dit Pierre Espérance. Le clou est enfoncé. Pierre Espérance met K.-O. Kiko, sans prendre pour autant fait et cause pour l’administration Martelly/Lamothe qui instrumentalise effectivement la justice. Entre-temps, au moment où certains tentent de comprendre s’il y a dans les dénonciations de Kiko St-Rémy les échos des récriminations d’hommes d’affaires « lésés », d’autres reviennent sur la manifestation du 18 novembre. Des individus ont ouvert le feu et blessé trois manifestants. Pendant cette manifestation, les images d’un sénateur escorté par des hommes armés de Galil, de T 65 et d’autres armes lourdes ont enflammé la Toile. Que sera ce pays après le 12 janvier 2015? s’interrogent certains. Est-ce que la « mauvaise logique » des armes balaiera l’incapacité du président Michel Joseph Martelly à trouver un consensus pour organiser les élections ? Est-ce qu'il y aura des chefs de bandes, de nouvelles zones de non-droit? Questions brûlantes en vérité. D'un autre côté, même après un consensus éventuel, souhaitable pour que se tiennent les élections en 2015, la probabilité de confrontation armées dans des départements comme la Grand’Anse, le Centre, l’Artibonite sont importantes. Tout ceci -mis à part l’inconnu des catastrophes naturelles dans ce pays qui danse sur des failles sismiques- devrait inviter à la pondération, au sens des responsabilités pour tenter d’éviter les jours sombres. L’avenir, on s’accorde à le reconnaître, ne sera pas rose parce que les éléments du cocktail explosif s’accumulent...