En Haïti, il y a ceux qui voient les verres à moitié vides. D’autres, les verres à moitié pleins. Les mêmes verres.
Il y a ceux qui veulent vous faire prendre les verres vides pour des récipients remplis à ras bord et ceux qui s’ingénient à cacher leur trop-plein en vous disant que ce n’est rien. Vraiment rien.
Dans un communiqué publié le 24 novembre 2014, l’ONU a pris de minces gants pour mettre chacun à sa place devant la dégradation accélérée de la situation politique, spécialement lors des manifestations de rue.
« La Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en Haïti (RSSG) déplore les violences ayant causé récemment des blessés parmi des citoyens dans l'exercice de leurs droits civils et politiques », dit la note dans ce qui paraît être une réprobation de l’action des progouvernementaux.
« La liberté de manifester pacifiquement et la liberté d'expression sont des droits garantis par les conventions internationales, inscrits dans la Constitution haïtienne et soutenus par la loi », rappelle le communiqué avant d’enfoncer le clou dans le troisième paragraphe.
La RSSG souligne que l’ «exercice du droit de manifester et de la liberté d’opinion est un signe de la consolidation de la démocratie en Haïti et des efforts doivent être consentis de part et d’autre en vue d’éviter tout recours à la violence, à la diffamation, à des intimidations de toutes sortes, ou à des actes pouvant contribuer à troubler la paix et la stabilité ».
Dans le quatrième paragraphe, l’ONU attire l’attention du gouvernement que « dans le cadre du renforcement de l’État de droit, il appartient aux autorités haïtiennes de prendre les mesures qui s’imposent pour que le droit de manifester pacifiquement soit respecté et que les contrevenants soient poursuivis ».
Enfin, la note conclut pour dire que « la période du 25 novembre au 10 décembre marque les 16 jours d’activisme en faveur de la protection des droits humains, il appartient à tous de rejeter la violence sous toutes ses formes pour avancer vers une Haïti plus forte, plus stable et plus respectueuse des droits de tous et de toutes ».
Si l’opposition n’est pas absoute de ses responsabilités, cette sortie de l’ONU, que certains observateurs attendaient depuis les débordements du 17 octobre dernier, vient mettre opposants, ministres, chef de la police, Premier ministre et président de la République devant leurs responsabilités.
De la répression des expressions démocratiques aux violations des droits de l’homme, il n’y a qu’une simple ligne imaginaire que les uns ou les autres traversent avec allégresse jusqu’au jour où ils doivent s'en mordre les doigts.
En Haïti, les verres sont des paniers percés. L’eau se répand. Ne le répétez pas. Aucun camp ne veut accepter le fait qu’il sert de serpillière.
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