En invitant la presse internationale à assurer la couverture de l’actualité politique en Haïti cette semaine, les missions diplomatiques occidentales accréditées à Port-au-Prince, appuyées par la Mission onusienne, ont déjà conçu le scénario mettant fin à la crise politique avec ou sans l’adhésion de Michel Martelly. Si les données d’appréciation permettent au président de la République de saisir le sens et la portée du nouveau développement de la conjoncture, aux fins de conclure un accord dans les meilleurs délais avec l’opposition, il fera partie de la solution de la crise. S’il continue à tourner autour du pot, comme il l’a fait pendant les deux dernières années en mettant sur le tapis ses concessions imaginaires, les ambassades peuvent jouer leur partition comme elles ont l'habitude de le faire dans le passé. Le communiqué, lundi, de la cheffe civile de la Minustah, brandissant la Constitution pour faire valoir le droit des manifestants, participe de la stratégie de la communauté internationale à envoyer un dernier message à Michel Martelly. Avec la présence de la presse internationale, l’opposition dispose maintenant d’un atout majeur. Il devient plus facile pour la table de concertation d’appeler ses militants à manifester dans les rues pour exiger la libération des prisonniers politiques, la démission du gouvernement Lamothe et le replâtrage du Conseil électoral provisoire. L’opposition est désormais en position de force. Va-t-elle accepter de prendre part à une nouvelle ronde de négociations que va tenter de réaliser le président de la République ? Cependant, la bande à Jean-André Victor ne devrait pas radicaliser sa position dans l’éventualité d’une nouvelle ronde de pourparlers avec les dirigeants actuels. La table rase ne fera l’affaire ni de l’opposition radicale ni de l’équipe au pouvoir. C’est l’homme haïtien qui sera mis sur la sellette comme en 2002, lorsque Lavalas et la Convergence démocratique ne parvenaient pas à trouver un accord sur la crise politique après les différentes missions du secrétaire général adjoint de l’OEA, Luigi Einaudi. Les protagonistes peuvent jusqu’à présent surprendre la communauté internationale pour éviter au pays l’épithète d’une entité chaotique ingouvernable. Il n’est pas encore trop tard pour trouver un accord. Toutefois, les manifestations de l’opposition programmées pour les 28 et 29 novembre, les mouvements de protestation enregistrés à Fort-Liberté et à Petit-Goâve peuvent engendrer d’autres mouvements dans d’autres villes du pays. L’équipe au pouvoir devrait procéder déjà à la libération de tous les prisonniers arrêtés lors des différentes manifestations, notamment Rony Thimotée et Byron Odigé. L’administration Martelly est-elle en mesure de comprendre que le moindre fait survenu dans un endroit quelconque du pays peut être l’élément catalyseur d’une vague de contestations à travers la République ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com