C’est sur les détails que l’on juge une société, car l’empilement des détails forme les convictions.
Il y a près de trente ans que les Haïtiens enfourchent de petites motocyclettes et en font leur moyen de transport favori. D’année en année, les motos-taxis et les motos tout court se sont taillé la part du lion et, aujourd’hui, sur tous les points du territoire, elles sont le moyen de transport # 1 des Haïtiens. Les tap-tap sont loin derrière.
Il a fallu la publication d’une étude cette semaine dans Le Nouvelliste, "La problématique de la moto-taxi dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince", pour que nous nous rendions compte, ceux qui ont pris le temps de lire les deux longues parties du texte, que les autorités ne reconnaissent pas le fait qui s’accomplit tous les jours sous leurs yeux.
Selon les lois en vigueur, les motos ne transportent pas contre rémunération des passagers et les risques d’accidents ne sont pas pris en compte par nos différents assureurs. Le ministère des Travaux publics, Transports et Communications n’aménage pas non plus notre réseau routier pour faire face à la croissance exponentielle de ce mode de transport.
Alors que la rencontre entre la réalité et la modernité dans le secteur transport serait la prise en compte de ce mode de déplacement de la population, l’Etat fait tout pour ne pas voir ni regarder en face la situation.
Il n’y a pas de directives pour pousser les gens à apprendre à piloter les motos, il n’y a pas de politiques pour intégrer et digérer le phénomène moto. Il n’y pas de campagne d’éducation pour suggérer à la population une utilisation sécurisée des motos ni aux chauffeurs des autres types de véhicules une cohabitation rationnelle avec les motos et leurs passagers qui partagent la chaussée avec eux.
Les accidents causés par les motocyclettes ou impliquant les usagers des deux roues motorisées sont de plus en plus fréquents. Ils occupent nos salles d’opération, défalquent nos ressources en santé publique, attentent à la vie des citoyens haïtiens. Rien de tout cela n’interpelle les responsables. Le ministère de la Santé publique reste sourd et aveugle.
La Police nationale d’Haïti s’adonne à son sport favori qu’est devenu la chasse aux utilisateurs en contravention, mais ne protège ni ne sert cette catégorie de citoyens.
En un mot, Haïti rate la chance de prendre au sérieux la démocratisation du transport public. Les motos sont un détail dans le paysage, un détail qui forme la conviction que nous passons à côté de l’essentiel dans ce domaine, comme dans bien d’autres.
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