Charlie Hebdo n’est pas un titre de presse très connu en Haïti. C’est une publication dont on entend plus parler par ce qu’en dit périodiquement la presse française que parce qu’on l’a tenu en main. Oiseau rare, Charlie Hebdo ne survole pas souvent notre territoire.
Ce mercredi, on a vite compris que les douze morts de l’attentat terroriste dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris n’étaient pas à cause d'un simple carnage, mais une explosion de violence en deux temps. Les assaillants voulaient tuer des hommes et des idées. Depuis, Charlie Hebdo est dans nos cœurs, dans nos têtes. Nos pensées consternées sont pour les victimes, pour leurs proches, pour la grande famille de la presse.
Chaque journaliste, correcteur, graphiste, facteur, chaque employé du journal a compris que ce déchaînement de violence aurait pu se produire en Haïti comme dans n’importe quel coin du monde. S’en prendre à des idées et à des hommes est une barbarie par le truchement de laquelle on peut effacer la présence de n’importe lequel d’entre nous sur terre.
Ce 7 janvier a replongé chaque Haïtien dans le souvenir des épisodes de violence qui ont frappé la presse locale. Yvonne Rimpel Hakim, Gasner Raymond, Ezéchiel Abélard, Félix Lamy, Jean Rémy Badio, Brignol Lindor, Pierre Richard Alexandre, Jacques Roche, Jean Dominique et d’autres ont payé de leur vie la rage de ceux qui voulaient les faire taire. Ici aussi, la terre a bu le sang versé par des assassins sans nom.
Déjà avec nos morts nous l’avions su, avec les 12 de Charlie Hebdo de ce 7 janvier nous l’avons définitivement compris : la violence ne peut pas étouffer la liberté de pensée, ni éteindre la liberté d’expression, ni contraindre la liberté d’interpréter la réalité, à travers le prisme des outils dont dispose la presse, à se courber aux désidératas des plus forts.
Parce qu’au Nouvelliste, depuis près de quarante ans, Dodard, Charlot, Paquin,Teddy ou Bousiko interprètent la vie dans la cité avec leurs dessins de presse au bout de leur crayon, parce qu’ici aussi nous sarclons les sillons de l’actualité, cultivons le doute et l’irrévérence, nous nous sentons concernés par ce qui s’est produit ce 7 janvier à Charlie Hebdo.
Une rédaction décimée, 8 journalistes tués, des caricaturistes clairement visés, quelle douloureuse piqûre de rappel sur la nécessité de mener encore et encore les bons combats !
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