Le Nouvelliste, doyen de la presse haïtienne, suit avec une grande attention l’évolution de l’affaire des enveloppes chargées de cash (distribuées aux journalistes accrédités auprès de la présidence haïtienne) après les dénonciations de Liliane Pierre-Paul, journaliste vedette, directrice de programmation et vice-présidente du conseil d’administration de Radio Kiskeya. Le Nouvelliste ne compte pas de journaliste de son staff à avoir accepté le « cadeau » de Noël de la présidence le 23 décembre 2014. Le Nouvelliste ne jettera pas pour autant la pierre ni aux journalistes indélicats ni à la direction de Kiskeya. Le Nouvelliste respecte le choix des médias qui ont sanctionné leurs journalistes impliqués sans étalage public, comme il comprend la rage de Radio Kiskeya de se sentir déshonorée dans cette affaire. Chaque organe de presse se doit d’édicter ses règles, de les respecter et de les faire respecter par sa rédaction, du bas au plus haut de l’échelle. Le Nouvelliste vit chaque jour les tentatives d’adoucissement, de corruption et les pressions dont sont l’objet les journalistes, les siens comme ceux des autres médias. Les entreprises, les organisations non gouvernementales, les ambassades, l'administration publique, les hommes politiques, les particuliers, chacun en ce qui le concerne, cherche, chaque jour, à influencer les journalistes, à guider le traitement éditorial de chaque sujet. C’est une réalité en Haïti. Rien n’y échappe : sport, culture, politique, affaires diverses, etc. L’attention des firmes de relations publiques, la présence des chargés de communication, la prévenance des communicants, les per diem, les voyages, les frais, les faux frais, les cadeaux des chargés de clientèle, les communiqués de presse, les mille et une attentions dont font l’objet les journalistes, les méthodes anciennes comme les moyens modernes, concourent d’une seule et même stratégie : orienter la presse. Hier comme aujourd’hui, chaque média, chaque journaliste doit résister à la tentation. Chaque média, chaque journaliste doit faire son travail comme sa conscience, l’honnêteté l’éthique et la déontologie le lui indiquent. L’indépendance et la probité des journalistes ne sont pas à vendre. Les amis de la presse, les prédateurs, les aventuriers et les corrupteurs occupent les mêmes couloirs dans tous les organes de presse, changent de costumes au gré des situations. Le tri demande une vigilance de tous les instants. Les aînés, les directeurs de salles des nouvelles, les rédacteurs en chef se doivent de protéger, d’éduquer, de former et de constamment mettre en garde leurs journalistes contre les pièges de la profession. Personne ne doit, en revanche, transférer sur les épaules des autres ses propres combats. Les médias se doivent de traiter leurs journalistes avec équité. Le moins qu’un journaliste attende de son employeur est un traitement salarial juste et une protection permanente contre les embûches de la profession. Les associations de la presse haïtienne ont signé, le 8 décembre 2011, un code déontologique qui stipule en son point 18 : « Les médias et les journalistes refusent tout cadeau ou gratification pouvant compromettre leur impartialité. Ils refusent que des entreprises, des institutions ou des organisations les paient pour couvrir des évènements. » Il faut constamment rappeler ce point dans les rédactions et aux porteurs d’enveloppes. La fête du 23 décembre 2014 a déshonoré le palais national et ses organisateurs. Chaque journaliste se doit d’être le gardien jaloux de son indépendance, de sa crédibilité, de son intégrité et de sa liberté de pensée. Le ménage est à faire, chaque jour, dans chaque organe de presse. Les amis, les prédateurs, les aventuriers et les corrupteurs rôdent, des cadeaux plein les mains.