Dans un débat de haut niveau tenu à l’université Quisqueya vendredi, une belle brochette de panélistes et un public de choix ont mis à nu les problèmes électoraux qui affectent le pays. Pour sortir de la dictature, d’un coup d’Etat, d’une catastrophe nous recourons à des élections depuis 1987. Chacune de ces élections nous a replongés dans de nouvelles crises, ont convenu les participants. Chacun allant de ses anecdotes, de ses révélations, de son expérience, on a fait le tour de la question. La mainmise de la communauté internationale a été dénoncée sur tous les tons pendant la journée. La nécessité de passer au vote électronique pour réduire le coût des opérations électorales et rendre plus rapide la proclamation des résultats ont paru une évidence jusqu’à ce qu’un acteur des élections de 2010 explique que ce sont les grands amis d’Haïti qui refusent cette solution transparente et moins onéreuse. C’est à perdre son latin quand on cherche à savoir qui élit les présidents en Haïti. Georges Sassine, qui se bat encore une fois au nom de l’Association des Industries d’Haïti pour faire renouveler la loi Hope par le Congrès des États-Unis d’Amérique, a participé cette semaine à l’émission Le Point, avec Wendel Théodore, sur Radio Télé Métropole. Au détour de la conversation très intéressante sur le climat général des affaires dans le pays, il y a deux rappels de Sassine qui doivent faire réfléchir chaque acteur de notre dérive actuelle et de celles à venir. « Quand j’étais enfant, pour aller à l’école, j’y allais à pied. Mes chaussures étaient fabriquées en Haïti, mon sac d’école en cuir était fabriqué en Haïti, mes livres étaient imprimés en Haïti, mon uniforme était cousu en Haïti, ce que j’avais dans le ventre était cultivé en Haïti », a dit calmement Georges Sassine. « Aujourd’hui, mes petits enfants vont à l’école en voiture; leurs souliers, leurs sacs, leurs livres, leurs uniformes, leur nourriture, tout est importé », a poursuivi celui qui a présidé l’ADIH et est encore membre du conseil de cette institution. Sassine, en traçant ce portrait, a voulu expliquer que nous ne produisons plus rien. Comment un pays peut-il se maintenir à flot dans de telles conditions ? Toujours au cours de cette émission très intéressante que vous pouvez retrouver sur Youtube, Sassine a rappelé que les « factories » existent en Haïti depuis les années 60. Ce type d’entreprises est capable de fournir du travail rapidement. Mais, a dit Sassine, c’est une industrie fragile. « Vous êtes en compétition avec le monde entier pour fabriquer les mêmes produits. Un facteur peut vous faire perdre un contrat. » Les coûts de l’eau, du transport, des taxes, de l’électricité, du salaire minimum, l’instabilité, la qualification de la main-d’œuvre et bien d’autres facteurs entrent en jeu. Selon Sassine, les conditions pour réussir dans ce secteur sont connues de tout le monde. Mais voilà que plus de cinquante ans après l’introduction des premières manufactures, l’Etat haïtien s’ingénie toujours à mettre des bâtons dans les roues à tout entrepreneur qui souhaite opérer une factory en Haïti. Rien n’est fait pour améliorer le climat global de la compétitivité d’Haïti. La région métropolitaine a vécu cette semaine des moments de tension. Une grève des transports, des manifestations violentes. Déjà pour lundi, il y a un nouvel appel à la grève. Les protagonistes réclament la baisse des prix des produits pétroliers. Cette semaine, les constructions des stands pour le carnaval de Carrefour, de Jacmel et de Port-au-Prince ont débuté. Les méringues occupent les radios, les millions coulent à flots. Dimanche, le pays va fêter le carnaval de Jacmel sans savoir comment sera lundi. Comme sur le Titanic, on danse, on parle, on ébauche des plans. Comme sur le fameux paquebot, nous allons dans la mauvaise direction. Et si nous heurtons un écueil, ce ne sera pas un accident.