Comme d’habitude en Haïti, les questions complexes ont une réponse simple : C’est mystique.
C’est notre façon de mettre du merveilleux dans le sordide, l’inexplicable, l’inattendu.
Pour évacuer la recherche méthodique et ardue de la vérité, nous écrivons des scénarios sur mesure pour habiller nos peurs. La magie et le surnaturel, mélangés à la réalité, arrangent tout le monde. Les autorités, la société civile, les voix autorisées et la population s’y accrochent mine de rien même s’il font semblant que cela les dégoûte.
Quand le magique s’en mêle, plus personne n’a à chercher la vérité et on passe à autre chose. Jusqu’au prochain drame.
L’accident qui a endeuillé le carnaval dans la nuit de lundi à mardi est un accident. La veille, dimanche, sur le même parcours, le défilé s’était déroulé sans problème. Depuis des dizaines d’années, dans les mêmes conditions, le carnaval s’étale en ignorant les mêmes risques. Le jour de l’accident, neuf autres groupes musicaux avaient évité le fameux fil électrique où Fantom s’est électrisé. Le propre des accidents est d’arriver en dépit de tout.
Accident ne veut pas dire qu’il n’y a pas de responsable ni de leçon à tirer.
Les accidents sanctionnent les faiblesses de la réglementation, les failles des responsables, les fautes ou l’inattention des victimes, mais permettent aussi de mieux prévoir le futur, de ne pas se faire reprendre aussi au dépourvu la prochaine fois.
La police nationale et les services de secours ont admirablement réagi lors de l’accident. Le premier ministre Evans Paul et la première dame Sophia Martelly ont bien fait de corriger les communiqués hâtifs de la présidence et du ministère de la Communication qui ne prenaient pas toute la mesure du drame. Les fêtards ont compris que la fête était finie. Les artistes et le gouvernement ont rendu un hommage digne aux victimes.
Cet accident du dernier carnaval de l’ère Martelly nous rappelle que notre mardi gras est rebelle. Il ne se laissera pas mettre en boîte par aucun gouvernement ni par un comité qui a disparu des radars au premier problème.
Si on appliquait ce qu’on appelle dans d’autres pays le principe de précaution, les conditions ne seraient pas réunies pour organiser le carnaval tel que nous l’organisons depuis des décennies en Haïti. Mais si on fait le décompte des morts et des blessés, Haïti a raison de continuer à organiser ses plus grandes réjouissances populaires.
Il faut améliorer les conditions dans lesquelles se déroule la fête, tirer les leçons de chaque incident, mortel ou non, et laisser l’esprit de la fête nous guider vers un demain meilleur tout en étant plus exigeant pour ce spectacle qui coûte de plus en plus cher chaque année.
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