Après un mois de tension entre Haïti et la République dominicaine, les ministres des Affaires étrangères des deux pays vont retourner à la table des négociations aujourd’hui, à Jimani, afin de parvenir à un règlement pacifique du différend qui avait provoqué la crise entre les deux Républiques. La sécurité de l’ambassade dominicaine à Pétion-Ville, des consulats dans les principales villes d’Haïti et la protection des Dominicains résidant en Haïti seront au centre des pourparlers entre les deux chanceliers. Santo Domingo avait durci le ton à la suite de la manifestation de la société civile au cours de laquelle deux manifestants avaient violé son consulat à Pétion-Ville et souillé son drapeau.
Depuis la crise de 1962 qui opposait Bosch à Duvalier, les deux pays qui se partagent l’île ne s’étaient jamais trouvés dans l’obligation de rappeler leurs ambassadeurs pour consultation en raison de conflit. La rencontre de Jimani offre à la partie haïtienne l’opportunité de poser le problème de la protection par l’Etat dominicain des Haïtiens qui vivent en République dominicaine, étant donné que la délégation de la république voisine a déjà soulevé la question de la protection des Dominicains résidant en Haïti au niveau de la presse de son pays. Vivant en quantité minime en Haïti, les résidants dominicains dans notre pays n’ont jamais été menacés sous quelque forme que ce soit. Tandis que les Haïtiens vivant en république voisine sont l’objet constamment de mauvais traitements du côté des services d’immigration, de la police et de l’armée dominicaines.
Il est de bon ton que les deux pays parviennent à un règlement pacifique de la crise née de l’assassinat suivi de pendaison de Claude Jean Harry, à Santiago, le 11 février dernier. Cependant, dans un sens comme dans l’autre, c’est le secteur privé dominicain qui n’a pas pu livrer ses marchandises aux commerçants haïtiens, en raison de la fermeture des marchés binationaux dans les principales villes frontalières pendant toute cette période. Ce sont les consulats dominicains qui n’ont rien perçu en devises pendant toute cette période de fermeture. Les grossistes et détaillants vont s’approvisionner régulièrement dans le pays de Fernandez parce qu’Haïti a renoncé à la production depuis plus d’une vingtaine d’années. La prospérité de l’économie dominicaine est intimement liée à la consommation haïtienne.
La menace à peine voilée du chancelier dominicain la semaine dernière, en faisant savoir que la patience de la République dominicaine a ses limites, peut être interprétée comme un camouflet. Cependant, la présence d’avions et d’hélicoptères de l’armée dominicaine le 6 mars en cours dans l’espace aérien haïtien au large de Ouanaminthe peut être assimilée à une réponse de Santo Domingo par rapport à la violation de son consulat à Pétion-Ville par des manifestants haïtiens. Par cet acte, Danilo Medina veut prouver qu’Haïti reste beaucoup de chemin à parcourir pour devenir un Etat souverain.
Sur le plan économique, la République dominicaine est fortement dépendante d’Haïti pour vendre ses biens. Possédant ce marché juteux qui rapporte par année plus de 1milliard et 500 millions de dollars, le pays de Fernandez a grand besoin d’Haïti. Il demeure entendu qu’Haïti dépend aussi de la république voisine avec cette immigration massive en territoire dominicain. La mauvaise gouvernance qui persiste en Haïti et l’instabilité programmée, dirait-on, par les forces politiques haïtiennes nuisent considérablement aux différentes initiatives de la plupart d’entrepreneurs désireux de venir investir en Haïti.
Le peuple haïtien ne doit en aucun cas rater le rendez-vous électoral de cette année pour renouveler le personnel politique haïtien par le biais d’un leadership éclairé, novateur, pour rompre avec les mauvaises pratiques des gouvernements rétrogrades du passé, en posant les bases d’une administration moderne à l’instar de nos voisins dominicains.
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