La construction d'édifices publics imposants, modernes, comme on n’en a jamais vu en Haïti, devait donner un bilan en béton à l'administration Martelly. La communication politique de l'ex-chanteur, bien avant la remise des chantiers, a mis en avant des photos, des vidéos, des présentations virtuelles pour montrer "un pays qui avance". Les roses ont tous tablé sur les dividendes politiques à retirer de ces chantiers en ignorant les critiques pour avoir donné l'exclusivité des chantiers de construction d'édifices publics et le plus gros projet de logements sociaux postséisme (Village Lumane Casimir) aux compagnies dominicaines ou haïtiano-dominicaines du sénateur dominicain Felix Bautista. Le temps a fini par démontrer qu’il ne faut pas compter les œufs dans le ventre des poules et que des firmes haïtiennes de construction ont les capacités techniques et logistiques pour réaliser de gros travaux. Plus de trois ans après, par rapport à l'avancement difficile de ces chantiers complètement abandonnés depuis mars 2014, l'administration Martelly ne peut plus se confiner dans le silence. Pourquoi Hadom et Rofi ont abandonné des chantiers ? Qu'est-ce qui sera fait pour construire le dernier lot de logements au village Lumane Casimir? Quid du chantier du ministère des Affaires étrangères pour lequel 10 millions de dollars ont été versés alors que les fondations ne sont pas encore sorties de terre ? Qu'adviendra-t-il du chantier du Parlement? Quid du niveau de décaissement pour ce chantier qui est financé avec l'argent de l'annulation de la dette d'Haïti par le FMI? Si le journal a appris qu'un inventaire, un état des lieux, va être fait dans un processus de résiliation-transmission éventuelle de contrats avec les firmes dominicano-haïtiennes pour protéger les intérêts de l'Etat dans un contexte de tracas judiciaires pour Bautista, poursuivi pour corruption dans son pays, qui garantit que les informations seront disponibles pour que les firmes haïtiennes en capacité puissent concourir pour construire ou achever certains chantiers ? Qui aussi, au sein de l'administration Martelly, fera le plaidoyer de la discrimination positive pour qu'à compétences égales, que ce soit les firmes haïtiennes qui décrochent ces contrats? Qui souhaite renforcer l'expertise locale et fortifier l'économie haïtienne ? Qui est aujourd’hui le super conseiller, l’ordonnateur en chef, le responsable de l’orientation ? Autant l'administration actuelle ne peut se soustraire, au nom de la bonne gouvernance, au devoir de transparence, d'inventaires, d'explications, autant il est clair que longtemps après Michel Martelly, ces édifices, une fois leur construction terminée, serviront le pays, entreront dans le patrimoine de l'administration centrale de l'Etat. Parce qu’ils ont été construits avec l'argent d'une dette que les générations futures devront payer... L’ancien Premier ministre Jean Max Bellerive, dans une récente interview dont Le Nouvelliste avait fait écho, explique que ce qui se fait ne correspond guère à ce qu'il avait signé. « Après le tremblement de terre, dans le but de booster la croissance, nous avions opté pour la construction massive d'appartements ou de petites maisons à loyers modérés. C'est dans ce sens que j'ai signé deux gros contrats avec trois compagnies pour construire rapidement en deux ans et demi une vingtaine de milliers d'appartements. Ce qui se fait actuellement n'a rien à voir avec ce que moi-même j'avais signé », avait indiqué M. Bellerive, soulignant que tout a été fait suivant un cadre légal. « Je ne peux pas donner des explications sur ce qui a été décidé après moi », a tempêté Jean Max Bellerive. Il pense que « s'il y avait effectivement des problèmes avec les contrats en question, les autorités auraient pu les suspendre. Ce qu'elles n'avaient pas fait ». Aujourd’hui, sur cette prise de position de Jean Max Bellerive aussi, l’administration Martelly doit nous informer. Devrait nous éclairer.