31 mars 2015. Cinq ans aujourd’hui. Le temps a vite passé depuis cette conférence des donateurs au siège des Nations unies à New York où 9,9 milliards de dollars ont été promis à Haïti, dont 5,3 milliards sur deux ans pour les opérations de relèvement et de reconstruction. Des ONG s’étaient engagées à plus de « responsabilité », plus de « transparence ». Bill Clinton, ex-président des USA, envoyé spécial de Ban Ki-moon avant d’être désigné coprésident de la CIRH, avait qualifié d’historique cet engagement des ONG. Sur la base d’un « plan haïtien » comportant quatre piliers pour la refondation d’Haïti -pays frappé par le séisme ravageur du 12 janvier 2010 ayant provoqué quelque 200 000 morts, des centaines de milliers de blessés, des pertes estimées à 7 milliards de dollars- , les acteurs avaient convenu de coordonner leurs actions, sous le leadership des autorités haïtiennes. Le président René Préval, optimiste, prompt à remercier au nom du peuple haïtien, avait cru en la bonne volonté affichée par les amis d’Haïti. « La communauté internationale a fait sa part » et « les Haïtiens aujourd'hui doivent faire leur part », avait-il déclaré ce jour-là, sans savoir ce qui allait se passer après. Personne ne pouvait savoir à l’avance que les Clinton et d’autres acteurs majeurs tourneraient le dos à René Préval avant et après les élections ; que l’échec de la communauté internationale allait être aussi cuisant ; que les petits pas ne pouvaient en rien masquer l’immense fiasco ; que les capacités de l’Etat ne seraient pas renforcées; que l’USAID préférerait octroyer la majorité de ses contrats à des entreprises du Beltway sans comprendre que ses fonds pourraient servir de bouée de sauvetage, de moyens pour revenir en affaires ou rester à flot pour d’innombrables entreprises haïtiennes ; que des centaines de millions de dollars promis par les Etats-Unis, dans les limbes budgétaires, ne seraient toujours pas débloqués jusqu'à aujourd'hui; que Michel Martelly, pour plusieurs raisons, serait préféré à Jude Célestin, Mirlande Manigat ; que Tèt Kale, comme d’autres présidents avant lui, devait servir, sans poser des questions, sans embarrasser ses « maîtres » ; que les Dominicains allaient rafler presque tous les contrats de construction… Personne ne savait non plus qu’une fois la mission de la CIRH terminée, qu’il n’y aurait rien de marquant à montrer pour les quelque 4 milliards dépensés; que les grands décideurs internationaux n’allaient pas faire grand cas du « plan stratégique de développement d'Haïti » comme cadre unique de planification, encore moins aider valablement au renforcement des capacités de l'État par le biais du ministère de la Planification et de la Coopération externe. Quand la bulle de l’aide massive après le séisme a explosé, quand l’argent ne coulait plus dans les vannes, l’administration Martelly s’est éparpillée dans des dépenses publiques, des projets sans lendemain qui justifient les pires critiques des coopérants. Avec Laurent Lamothe à la Primature, grâce à PetroCaribe, les plans spéciaux ont pullulé. Cinq ans après, le peuple haïtien a montré sa résilience, sa capacité à s’accrocher. En dépit de tout. Cinq ans après, oublier semble être le maître mot. Pourtant, il ne faudrait pas oublier cette expérience parce qu’on apprend d’un échec. Plus qu’avant, parce qu’Haïti est logée à l’enseigne de la catastrophe, parce que le Nord pourrait être frappé par un important séisme autant que la presqu’île du Sud, il est urgent de faire cette évaluation de l’échec. Il faut écrire, au besoin, des manuels de procédure pour faire mieux la prochaine fois. Cela, si l’ADN de ceux qui sont venus aider, échouer n’est pas comparable, comme on le dit, à celui du vautour.