La liste des candidats sera connue d’ici quelques jours, le temps que tous les intéressés déposent leurs pièces, qu’ils soient contestés, que les recours soit exercés et que le Conseil électoral publie la liste définitivement définitive de ceux autorisés à faire campagne pour les législatives et la présidentielle. Quoi qu’on dise, les deux élections sont liées même s’il y a, encore aujourd’hui, un calendrier en trois temps. Les candidats à la présidence vont servir de locomotive pour les autres aux autres postes dans le même camp. Pourquoi donc, chaque fois qu’un nouveau compatriote dévoile ses intentions de nous gouverner, des voix s’élèvent pour s’étonner que lui aussi veuille être chef ? Il n’y a pourtant rien de plus naturel dans ce pays qui n’a jamais été régi de droit divin. L’envie de jouir des avantages du pouvoir est l’un des fantasmes les mieux partagés du pays. Le pouvoir, il faut cependant y arriver. A la faveur de circonstances diverses, mais toujours par la force de ses armes : létales, légales, populaires ou dans un savant dosage de tout cela. Dans notre régime de démocratie représentative, dans le respect des lois, chacun a le droit d’avoir ses ambitions. Il n’y aura jamais trop de candidats pour les postes à pourvoir. Cessons de nous plaindre et de mal cacher nos envies… La campagne électorale qui s’annonce doit déboucher sur des élections où les électeurs décideront. Dans le passé, nos élections ont eu des fortunes diverses. Il n’en demeure pas moins que ce sont les déclarations et les promesses des candidats qui les propulsent au-devant de la scène et finalement au pouvoir. Depuis 1986, légalement, on devient chef parce qu’on propose le changement et la rupture (Aristide, Martelly) ou l’apaisement et la continuité (Préval). Même Leslie Manigat, le mal élu des élections de 1988, avait su se trouver une posture et un discours pour se démarquer des autres candidats et des membres du Front de Concertation et apaiser les craintes des militaires de l’époque. Qu’ils nous déplaisent ou nous confortent, nos candidats emballent la population avec leur salade ou avec leurs trippes et respectent en gros leurs promesses et leurs paroles. Elus, ils restent sur leur ligne. Aristide, Préval ou Martelly ont fait, autant que les circonstances le leur ont permis, ce qu’ils avaient dit vouloir faire. Sans grande surprise. Bien entendu, l’Aristide de 1990 n’est pas celui qui est revenu de Washington en 1994. Le René Préval de décembre 2009 n’est pas celui de février 2010. Du Martelly intronisé président en mai 2011, il ne reste que peu de chose en mai 2015. Le temps passe, les hommes changent, mais leurs déclarations les engagent jusqu'à ce qu’ils aient le courage d’en changer ou d’y passer outre. Laissons donc tous les candidats sortir de leur placard, passer l’examen du passage dans les mailles du filet du Conseil électoral, puis surveillons le CEP jusqu’au bout du processus et mettons les candidats restants sur le gril. Il revient à la presse, au pays de la plénitude de l’oralité, de prendre note et de tenir la comptabilité des déclarations et prises de position. Il faudra ensuite passer au crible les candidats, aujourd’hui et demain, sur la route du pouvoir et plus tard au pouvoir, pour les confronter, le jour de leur échec ou de leur réussite, avec leurs mots. La société civile, les associations, les groupes de pression et les citoyens qui s’estiment concernés doivent aussi jouer leur partition. Il faut passer au crible les candidat à tous les postes. Tout le temps. Dès aujourd’hui. Et encore demain. Les tisonner, pour qu’ils donnent le jus de la marchandise qu’ils disent vouloir nous offrir. Leur reprocher jusqu'à plus de souffle d’avoir dévié, d’avoir menti, d’avoir échoué, si cela se passe mal. Dans la démocratie à construire, on n’a le choix que de faire avec ceux qui veulent nous gouverner et qui finiront, l’un ou l’autre, un jour, par le faire. Portons chaque candidat à s’engager sur chaque point de nos préoccupations pour ensuite les évaluer et les juger. Et ne nous privons pas de rire de ceux qui n’ont aucune chance de gagner, car même dans leurs familles ou à l’école, ils n’avaient jamais brigué un poste électif, fait une proposition, pris un risque ni manifesté une once de charisme.