On a toujours su que le parti, l’embryon de parti, le projet de monter un parti dans le camp Martelly était une équation difficile. Mais jamais on n'avait imaginé cette stratégie de l’éparpillement et les désertions massives qui caractérisent le camp présidentiel depuis l’ouverture des candidatures. Si les plus optimistes préfèrent parler de dissémination et de camouflage pour mieux assiéger les centres de pouvoir, plusieurs observateurs se contentent de constater l’atomisation des ambitions des Tèt Kale. Pour les sénatoriales et législatives déjà, des candidats réputés proches de la présidence s’étaient retrouvés dans une douzaine de formations alors que le parti officiel, PHTK, s’est mis à présenter des candidats issus de familles politiques loin des codes du parti au poing fermé. La liste des aspirants sénateurs et députés qui rêvent de former la future majorité a comme poids lourds des anciens Lavalas notoires, des anciens Inite, des anciens Lespwa, des anciens macoutes, qui ont été au pouvoir ces quarante dernières années, mais qui sont éloignés de l’idéal de renouveau que prêche Michel Martelly. Soit le leader se ment à lui-même, soit, peu regardant, seule une coalition de gagnants l’intéresse, soit il ne contrôle plus rien de son propre appareil. Les déclarations de candidatures à la présidence ont encore montré qu’il y a quelque chose de bizarre dans le royaume rose. Le candidat officiel du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK), Jovenel Moïse, un homme d’affaires dont les projets sont financés à coups de millions de dollars par l’Etat haïtien, a été choisi sur des bases restées confidentielles. Le dauphin naturel, Laurent Lamothe, ancien Premier ministre, ami et ancien sponsor du président, s’est refugié dans les plis de Platfòm Peyizan, en fait de ce qui reste de la plateforme qui avait permis à Martelly d’être candidat en 2010. Après la victoire, les Tèt Kale n’avaient pas entretenu de relations cordiales avec le Pati politik peyizan. La porte-parole du parti Tèt Kale, l’ancien ministre et ambassadeur Danielle St Lot, est candidate sous Defile, Pati Politik Fanm ak Fanmi, une bannière inconnue du paysage politique. Le premier homme fort du pouvoir du 14 mai 2011, Thierry Mayard-Paul, ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, lui aussi a pris pavillon neutre à l’Union Nationale des Démocrates Haïtiens. Réseau Bouclier National, la plateforme proche de l’aile dure pro-Martelly, a son candidat, Steeve Kahawly. L’ancienne ministre de la Planification et de la Coopération externe, des Affaires sociales et du Travail et ex-directrice générale du Fonds d’assistance économique sociale (FAES), membre du premier cercle du couple présidentiel, Marie Josefa Gauthier, a pris adresse chez l’Alliance Démocratique pour la Réconciliation Nationale. Louis Gonzague Edner Day, délégué de l’Ouest, se présente sous le label de la plateforme Ayisyen k ap Travay pou Rekonstwi Ayiti, Inifiel ak Libere l. Même le fidèle, parmi les fidèles, Edwin J.R. Daniel Zenny, le sénateur Edo du Sud-Est, a dû emprunter les couleurs de Kombite Nationale pour se porter candidat. On pourrait poursuivre cette énumération avec d’autres, moins visibles, qui sont du camp présidentiel. Quelle est la stratégie du président sortant ? Avancer en ordre dispersé puis faire alliance avec le plus fort d’entre ses poulains ? Laisser s’étaler les divergences de son camp pour ensuite jouer au rassembleur ? Rafler dans son camps le plus de fonds publics ? Frustrés et floués, les candidats réputés proches du pouvoir sont-ils en train de tout faire pour faire perdre celui qui avait beaucoup promis et dont le mauvais carnet de Sophia St Remy, sa femme, a changé les plans à la dernière minute? Sa k ap pase Tèt Kale ? Il est trop tôt pour le dire ou trop tard pour se poser la question.