Chaque jour qui passe on a l'évidence que Laurent Lamothe est resté comme un os dans la gorge des Tèt Kale. Le président, le parti, les amis, les alliés ne veulent plus de l’ancien premier ministre et de l’ex-meilleur ami. Ils font tout pour s’en séparer, pour se dissocier de lui, pour le mettre au rencard. Lamothe reste pourtant le plus emblématique porte-drapeau de l’ère Martelly. Pour le meilleur et pour le pire, il est celui qui incarne la flamboyance et les limites d’un mouvement politique qui avait cru que la bonne foi, l’envie de faire, les dépenses sans compter et la vitesse pouvaient tout résoudre dans un pays en panne de moteur. Dans la gargane du Conseil électoral aussi Lamothe est en train de se transformer en os. Après les résultats de la phase un du carnet, l’examen des contestations, une décision recommande qu’on le sorte du processus électoral. Lamothe résiste. Il est le seul des trois concernés qui convoque la presse, tempête et se débat. Il ne veut pas que son aventure de candidat s’arrête avant d’avoir commencé, sans attendre la sanction du peuple votant. Le cas Laurent Lamothe jette une lumière vive sur les arcanes des décisions du CEP en matière de contentieux et de validation des candidatures. Il y a le Bureau du contentieux électoral départemental (BCED) qui entend l’affaire une première fois. S’il y a recours introduits par les candidats, il y a une deuxième instance de decision, le Bureau du contentieux électoral national (BCEN) qui écoute et statue à nouveau. Puis, le Conseil électoral évalue le tout et publie la liste définitive. Le Conseil électoral n’est pas obligé de prendre en compte ce qui a été fait à un niveau inférieur, car sans être inquiété par les contestations, vous pouvez tomber sous le couperet du Conseil. Puis, alors que l’on croyait les décisions du CEP l’étape finale, on a constaté, avec les candidatures aux législatives, que même le CEP admet qu’il peut se tromper et il lui est arrivé de publier une liste définitivement définitive. Il est à se demander pourquoi tous ces juges et ces avocats, pourquoi toutes ces dépenses, si au CEP les neuf membres peuvent être les seuls à decider en dernier ressort ? L’esprit qui a présidé en 1987 à la création d’une institution indépendante dénommée Conseil électoral (peu importe qu’il soit provisoire ou permanent) veut que l’institution soit seul juge en matière d’élection. Pourquoi en cours de route a-t-on introduit ces procédures qui alourdissent le processus sans en modifier l'essence? Aujourd’hui, c’est Laurent Lamothe l’os, demain il se pourrait que ce soit un autre candidat, pour une raison ou une autre; le CEP a tout intérêt à bien faire ce qu’il a à faire pour éviter que les élections ne deviennent un gros os dans le petit gosier du pays.