La gourde s’effrite. C’est un ajustement. Le dollar se renforce. C’est normal. Il n’y a pas plus simple façon de dire ce qui se passe sur le marché des changes depuis quelques semaines en Haïti. Lentement, mais sûrement, nous nous approchons d’un cadre d’échange de 55 gourdes pour un dollar américain. Au rythme actuel de la décote de la monnaie nationale et si la tendance se poursuit, d’ici décembre 2015 ce sera chose faite. Pour éviter le scénario de 55 gourdes pour un dollar américain, il faudrait des miracles, mais la communauté internationale ne va pas reprendre ses transferts sans contrepartie dans les niveaux de l’après séisme; la diaspora ne peut pas doubler dans les mois qui viennent le volume de ses transferts ; les exportations haïtiennes ne vont pas quadrupler ; personne, ni l’Etat, ni les ménages, n’a l’intention de réduire sa consommation de biens et de services importés. Ni en douane, sur la frontière avec la République dominicaine ou ailleurs, ni avec les taxes diverses, les recettes internes ne vont augmenter. En un mot, le tableau est simple, la gourde devra s’ajuster pour faire face. Et s’ajuster signifie dans le cas présent perdre de sa valeur. Il y a des palliatifs que le gouvernement peut tenter d’appliquer : vendre ses dernières réserves pour passer la période électorale et laisser des caisses vides en héritage pour le prochain gouvernement ; faire grimper les taux d’intérêt pour stopper les importations et réduire la croissance jusqu’à la décroissance. Aucune de ces solutions n’est porteuse de lendemains meilleurs. La moins douloureuse des options demeure la dévaluation actuelle dictée par le marché. Cette sentence pend au-dessus de nos têtes depuis des années. Nous avons appliqué toute sorte de remèdes et de parachutes pour freiner l’inéluctable. Nous avons héroïquement résisté pour préserver le confort et les illusions d’une petite portion de la population. Nous avons refusé avec force et maladresse de réformer l’économie, de prendre les mesures et les décisions qui nous sortiraient des rails de notre modèle sans avenir. Il semble être venu le temps de se serrer les dents, de payer nos erreurs, de passer à la caisse. Sauf si PMKP et PMM ont envie d’une douce fin de règne et d’un grand bain dans le bassin des fuites en avant.