«Sa k pa kon n Micky, men Micky», lance le président de la République.
« Koulangèt manman w », répond, en chœur et avec plaisir, la foule à la harangue bien connue du chanteur-président.
10 h 43 : le concert Lil Wayne-Chris Brown bat de l’aile au Champ de Mars. Michel Martelly vient de gravir le podium pour mettre un peu d’animation dans la sauce de ce rendez-vous très attendu, organisé par son fils. En deux temps, trois mouvements et quatre mots, El Michel Martelly chauffe la foule.
Le concert, gratuit et retransmis à la télévision, est l’événement de la soirée d’un vendredi qui offre aux Haïtiens de multiples occasions de se distraire de la grisaille ambiante.
Quelques minutes auparavant, ceux qui étaient devant leur téléviseur ont assisté au chemin de croix de l’Argentine et de ses fans. Les « albiceleste » ont tremblé jusqu’au bout de la séance des tirs au but, avant de supplanter la Colombie et tous les fans des autres équipes ligués contre eux. Messi et ses pairs sont en demi-finales.
Toujours côté football, la sélection nationale olympique affrontait les Iles Caïman au stade Sylvio Cator. L’attraction pour l’équipe locale n’a pas fait le poids ce vendredi face au spectacle des joueurs internationaux. Haïti a remporté le match sans que cette victoire suscite de fierté ou de joie particulière dans la population très peu motivée pour le tournoi international qui se déroule à la capitale depuis une semaine. Ici, on aime le foot, mais pas toujours le foot local.
11h 20 : le concert bat son plein. Le président, devant le peu d’enthousiasme pour les invités étrangers, dont le public ne connaît pas les chansons, fait appeler Tony Mix, le DJ dominant du pays. La foule s’anime. On danse. Une musique faisant l’apologie de la marijuana passe comme une lettre à la poste, emportée dans les volutes de fumée de la divine herbe qui flottent sur la foule. On ne fait pas une telle fête sans secouer les interdits.
12 h 38 : Chris Brown quitte le stage après une heure d’un spectacle son, lumière, projection et danse de très bonne facture. Il s’en sort mieux que Lil Wayne et Swizz Beatz. L’ancien frappeur de Rihanna s’est mouillé le maillot, a fini torse nu. Fan ou pas, il assume le Brown. Il fait bien le show.
12 h 43 : « Pete, pete, pete », le président Martelly invite la foule à péter. « Pa sispan n pete, pete tèt kale », insiste-t-il. Il y aura dix minutes de feux d’artifice, annonce le président, présentateur vedette de la fête qui ne devait pas être une fête politique, ni gouvernementale. « Pete pou moun qui vle goumen avè nou wè nou gen moun avè nou », dit le chef de l’Etat dans une claire allusion à la République dominicaine.
12 h 51 : Le plus jeune fils du président Martelly s’approche de son père, lui parle à l’oreille, le prend par la taille d’un bras protecteur, le conduit hors du podium, le convainc de se taire, de mettre fin à une diatribe qui partait dans tous les sens. Visiblement, le président carbure à quelque chose qui n’est pas de l’eau. Il est un spectacle dans le spectacle.
2h 01: Le concert s'achève. Il ne tient pas la promesse de finir aux heures d’avant-jour,mais celle d' une belle fête, vide de sens. Une bamboche sans queue ni tête. Une célébration de ces sublimes riens, faute de faire autre chose, qui donne un sens à un vendredi soir en Haïti.
Pour ceux qui sont au Champ de Mars, comme pour les téléspectateurs exigeants, le slogan qui sied à ce vendredi finissant est « Ayiti ap ranse », loin de « Ayiti ap vanse ».
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