Parce qu’ils sont nombreux et qu'ils occupent des fonctions ayant des impacts jusqu’ici néfastes sur nos vies, il est utile de s’attarder sur le phénotype des démagogues. Le "responsable" politique démagogue, dénué de leadership, constitue au bout du compte un danger pour lui-même et pour son peuple. Il verse en général dans la facilité, surfe sur l'émotion, range dans le placard la raison, la logique froide. Il n’est pas habité par le mâle courage des réformateurs. Il est dans la recherche rapide de dividendes politiques. Les échéances électorales, la volonté de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, éclipsent, à ses yeux, une vérité : le temps pour mettre un pays sur les rails du développement est long .
Le devoir de vérité, pour lui, est un concept bien étrange. Il pêche en eau trouble, dirige en « criseur ». Sans les écrans de fumée, les pièges à écervelés dans lesquels tombe presque tout le monde, il est mis à nu, toutouni. Son intelligence est celle de la gestion de l'immédiat. Ici, en Haïti, il a pignon sur rue parce que le pays n'a pas d'âme collective, ni de projet collectif progressiste porté par un establishment éclairé, visionnaire pour arrêter la saignée et relancer l'économie afin de distribuer les dividendes sociaux. Pour le responsable politique démagogique, le nationalisme est un cheval. Pas plus.
Planifier la croissance de l'économie avec les autres acteurs concernés n'est pas sa priorité. Avec un taux de croissance de 1.5 pour cent de la population et un indice de fécondité de 3, 5 enfants par femme dans un pays de 6 millions de pauvres qui vivent avec 2 dollars américains par jour, il joue sur le temps, laisser le travail a faire à d’autres. Il sait que des pauvres vont donner naissance à d’autres pauvres ayant des besoins, des droits mais peu de devoir, notamment face à l’impôt.
En 2020, selon les projections, la population pourrait se trouver dans la fourchette des 14 à 16 millions de personnes. Plus de 50 % de la population vivront dans nos villes, des agglomérations monstrueuses sans instruments publics adéquats. Il n’y a pas de fiction. Plus de 2 millions d'Haïtiens sont dans la fourchette des "14 à 25 ans". Ils sont appelés à procréer. Par rapport à ces projections utiles à toute planification,quid de la circulation dans nos villes, de la gestion des déchets, de la sécurité, de l'éducation, de la prise en charge des personnes en ages de travailler, des personnes vulnérables du troisème age? Peut-on imaginer ce que sera la communauté urbaine de Port-au-Prince avec plus 4 millions de personnes dans cinq à dix ans...?
Pour ce qui est de la politique économique, les réformes fiscales pour augmenter la pression fiscale, sortir des 12 % actuels en vue d'atteindre les 19 % en moyenne dans la région caraïbe, le responsable politique démagogique ne levera pas le petit doigt. Il ne perdra pas son temps à revisiter les accords commerciaux, les traités pour protéger la production nationale. Le responsable politique démagogue, comme beaucoup d'opérateurs politiques à multiples étiquettes, est fort en décret, des « il faut que », sans créer les conditions pour que les énoncés se concrétisent dans la glaise du réel. L’homme politique démagogique a tendance à imposer une certaine forme de pensée unique. Il distille la peur. L'analyse froide, objective est qualifiée d'antinational. Petit à petit, il finit par croire dans sa démagogie. Pour les victimes de la démagogie, il n’y a pas lieu de jeter une larme. Pas une seule larme de « podiab » parce qu’elles sont l’inaction alors qu’il y a une place à prendre pour influencer dans le bon sens…
Roberson Alphonse
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