Pardon ? Vous avez quelque chose à me dire ? Quoi donc ? Vous voulez protester, dénoncer, condamner la façon dont les élections se sont déroulées dimanche. C’est du vagabondage. Du gaspillage. Le pays mérite mieux. Ah, vous avez une opinion sur la question des élections et vous souhaitiez que la presse en parle, que j’en fasse un édito ? Je vous ai cherché dans les rues, dimanche. Sans succès. Vous n’étiez pas en Haïti ? Vous étiez en province ? Vous avez fui Port-au-Prince… Même pas… Vous étiez donc chez vous ? Entre amis, en famille ? A écouter la radio ? Pas vraiment… Vous n’avez pas pu savoir où aller voter ? Vous n’avez pas votre carte d’identification nationale ? Vous n’êtes pas haïtien ? Pas à cause de cela, mais un peu de tout cela… Je vois. Des élections vous n’aimez que les rumeurs. Ce que l’on vous rapporte vous suffit ? Vous vous nourrissez des on-dit ? Pas vraiment ? Ah bon, j’avais cru... En fait, vous aviez d’autres chats à fouetter, dimanche. Vous avez décidé d’avoir une meilleure utilisation de votre temps. C’est bien. Vous avez passé la journée à tout suivre sur les réseaux sociaux. Vous avez eu les zen et les infos sans la mauvaise diction des journalistes ou la voix survoltée des correspondants de province. Vous avez fait la bonne option, sans les bonnes actions. A vous les photos sans les odeurs. Les nouvelles sans le bruit. Vous êtes intelligent et moderne. Vous avez fait comme toutes les personnes sérieuses. Vous avez laissé la rue et le vote à ceux qui n’avaient pas mieux à faire. A ceux qui sont prêts à tout pour gagner une élection. Vous avez décidé d’être dans le camp de ceux qui gagnent par forfait ? Cela ne vous ressemble pas. Quand je vous entends parler, vous projetez une toute autre image. Je vous ai toujours cru patriote, responsable, engagé. Je me suis trompé à votre sujet. Vous voilà parmi les peureux qui craignaient de prendre une balle perdue ? De se faire rosser par plus fort qu’eux ? De se faire piétiner par les « n’a-rien-à-faire » qui ont voté dimanche ? Il n’y avait pas foule dimanche. Tout s’est passé dans une relative indifférence. Votre camp a gagné. Les abstentionnistes sont les plus forts. D’élection en élection, ils se renforcent en Haïti. Mais, j’ai le regret de vous dire que vous allez devoir continuer à respecter des lois qui seront votées par des gens que vous n’avez pas choisis. Vous allez devoir continuer à chercher les numéros de téléphone de nouvelles autorités que vous n’aimez pas. Vous allez devoir sourire et faire des salamalecs à ceux-là mêmes de qui vous dites du mal depuis dimanche. Depuis toujours. Les Haïtiens vous déçoivent ? Vous aussi, vous les décevez. Vous et vos semblables, qui vous êtes cachés, dimanche, vous êtes dans la colonne des problèmes de ce pays. Le pays mérite mieux de vous que votre lâcheté et votre démission que vous lui jetez en pâture, la bouche pleine de récriminations, d’attentes et d’excuses.